Ce mardi 30 juin 2026, le président Cyril Ramaphosa appelle au calme. Dans ce climat tendu, l’ultimatum anti-migrants en Afrique Sud est omniprésent dans les débats publics. Une date limite informelle exige le départ des migrants sans papiers d’Afrique du Sud. Plus de 25 000 personnes ont déjà été rapatriées ces dernières semaines. 3 500 autres sont parties par leurs propres moyens. Pourtant, cette échéance ne figure dans aucun texte de loi. Aucun décret. Aucune décision parlementaire. C’est une rumeur collective devenue réalité politique.
Une date fantôme, des conséquences bien réelles
Le 30 juin 2026 ne repose sur aucune base légale. Des mouvements anti-immigration, relayés massivement sur les réseaux sociaux, ont imposé cette date comme un ultimatum symbolique. Aucune institution sud-africaine ne l’a validée. Mais l’effet est concret. Des milliers de familles ont quitté Durban, Johannesburg et d’autres villes. Certaines ont rejoint des campements précaires en attendant un retour incertain. D’autres ont traversé la frontière vers le Zimbabwe, le Mozambique ou le Lesotho.
Ramaphosa entre fermeté et prudence
Le président a appelé les organisateurs des manifestations anti-migrants à la retenue. Il a averti que l’intimidation, les menaces et la violence ne seront pas tolérées. Il a reconnu la nécessité d’une réforme de l’immigration. Mais il a aussi rappelé que les étrangers en situation régulière sont protégés par la Constitution sud-africaine. Plusieurs villes ont autorisé des manifestations encadrées. Les autorités craignent une résurgence des violences xénophobes de 2008, 2015 et 2019 — déjà meurtrières par le passé.
Une mémoire historique trahie
L’ironie historique est cruelle. Pendant la lutte contre l’apartheid, des milliers de militants de l’ANC ont trouvé refuge dans des pays voisins. La Tanzanie, la Zambie, le Mozambique, l’Éthiopie les ont accueillis. Nelson Mandela lui-même a quitté clandestinement l’Afrique du Sud en 1962 grâce à un document de voyage éthiopien. En juin 2026, le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus a évoqué une « trahison tragique » de cette solidarité continentale.
Une crise sud-africaine, pas une singularité
L’Afrique du Sud n’a pas inventé la xénophobie envers les migrants africains. L’histoire postcoloniale du continent montre que les crises économiques transforment régulièrement les étrangers en boucs émissaires politiques. Mais le pays de Mandela porte un poids symbolique particulier. Son discours de réconciliation et d’ubuntu — l’humanité partagée — contraste violemment avec les images de campements de fortune à Hillbrow.
Ce que cette crise révèle
Le taux de chômage sud-africain dépasse 32 %. La concurrence pour l’emploi informel alimente les tensions. Les groupes anti-immigration exploitent cette frustration économique réelle. Mais désigner les migrants comme cause unique du chômage est une simplification dangereuse. Elle détourne l’attention des défaillances structurelles de l’économie sud-africaine — corruption, sous-investissement, inégalités héritées de l’apartheid.
Quand une date sans existence légale pousse 25 000 personnes à fuir un pays, est-ce la preuve que la peur gouverne désormais l’Afrique du Sud plus efficacement que ses propres institutions ?
Xolomo Tokpa

