Ce lundi 29 juin 2026 à 10h, l’Assemblée nationale du Sénégal siège en plénière. L’ordre du jour est unique : la proposition de loi n°17/2026 portant révision de la Constitution. Ousmane Sonko, depuis le perchoir, force le passage. Bassirou Diomaye Faye, au palais présidentiel, observe. Le mouvement « Y en a Marre » manifeste. Des voix au sein même de PASTEF réclament un référendum populaire. La coalition au pouvoir vote contre ses propres contradictions.
Ce que le texte change
La proposition de loi n°17/2026 modifie plusieurs dispositions constitutionnelles. Elle encadre le droit de dissolution de l’Assemblée nationale par l’exécutif — limitant ainsi un levier majeur du président de la République. Elle introduit l’interdiction pour le chef de l’État de diriger un parti politique. Cette propositionrenforce les prérogatives du Parlement dans le contrôle de l’action gouvernementale. Sur le papier, ce sont des réformes démocratiques. Dans le contexte Sonko-Diomaye, c’est un rapport de force institutionnel explicite.
La fracture dans PASTEF
L’opposition à ce texte ne vient pas seulement de l’extérieur. À l’intérieur même de la coalition PASTEF, des voix réclament un référendum populaire plutôt qu’un vote parlementaire. L’argument est constitutionnel : certaines des modifications prévues touchent à des droits fondamentaux qui, selon la Constitution de 2001, nécessitent l’approbation populaire. Sonko et ses alliés parlementaires les plus proches rejettent cette lecture. Ils estiment avoir les trois cinquièmes requis pour adopter le texte en Assemblée sans référendum. Le compte des voix déterminera qui a raison.
Y en a Marre dans la rue
Le mouvement Y en a Marre — qui avait joué un rôle déterminant dans la victoire de Diomaye Faye en 2024 — s’est positionné contre cette révision constitutionnelle sans référendum. Ses militants dénoncent une confiscation du pouvoir constituant au profit des seuls parlementaires de PASTEF. L’ironie est saisissante. Les mêmes forces qui ont porté PASTEF au pouvoir sont aujourd’hui dans la rue contre sa méthode. La démocratie sénégalaise montre ici ses ressorts les plus complexes.
Diomaye Faye : la posture du sphinx
Le président de la République a transmis son avis à l’Assemblée le 20 juin. Il n’a pas bloqué la procédure. Il n’a pas expressément soutenu le texte. Diomaye Faye observe. Cette posture du sphinx a une logique : si la révision passe, elle s’appliquera aussi à lui — notamment l’interdiction de diriger un parti, ce qui l’obligerait à trancher sa relation avec PASTEF. Si elle échoue, c’est Sonko qui encaisse la défaite. Diomaye joue la montre. Sonko joue sa réputation.
Ce que ce vote dit de la démocratie sénégalaise
Le Sénégal reste une référence démocratique en Afrique de l’Ouest. Ses institutions fonctionnent. Ses contre-pouvoirs s’expriment. Un président de l’Assemblée qui propose des réformes constitutionnelles en tension avec l’exécutif — c’est, dans beaucoup d’autres pays africains, impensable. Ce débat, aussi conflictuel soit-il, est une preuve de vitalité institutionnelle. La question est de savoir si cette vitalité produira des institutions plus solides — ou une crise prolongée entre les deux hommes qui ont promis ensemble de « rompre avec le système ».
Quand Sonko révise la Constitution depuis le perchoir de l’Assemblée et que Diomaye observe depuis l’Élysée sénégalais, la rupture promise par PASTEF est-elle en train de transformer le Sénégal — ou de se manger elle-même ?
Xolomo Tokpa

