Ce lundi 29 juin, le Tribunal de première instance de Dixinn a clos les débats dans le procès du colonel Bienvenu Lamah. Le verdict est attendu le 27 juillet 2026. La partie civile réclame jusqu’à 2 milliards de francs guinéens par victime de viol. Le parquet requiert dix ans de réclusion et la requalification en crime contre l’humanité. Pendant ce temps, le baccalauréat se poursuit dans tout le pays. Deux calendriers guinéens — la justice qui patiente, la jeunesse qui avance.
Le verdict fixé : ce qui s’est joué le 29 juin
Après plusieurs heures de débats, le président du tribunal a déclaré les audiences closes. Le dossier est mis en délibéré. Date du prononcé : le 27 juillet 2026. Les avocats des parties civiles ont réclamé des dommages considérables — un milliard de francs guinéens par victime de vol et pillage, autant pour les victimes de torture, un milliard cinq cents millions pour les cas de décès ou disparition, et deux milliards par victime de viol. Le parquet a requis la requalification en crime contre l’humanité et dix ans de réclusion ferme avec cinq ans de période de sûreté.
Lamah maintient son innocence jusqu’au bout
Dans sa dernière déclaration devant le tribunal, le colonel Bienvenu Lamah a de nouveau clamé son innocence. Il a affirmé n’avoir jamais dirigé l’École nationale de gendarmerie de Kaléah. Il a nié avoir donné des instructions à des recrues pour se rendre au stade le 28 septembre 2009. « Peu importe l’issue, je sais que vous allez me libérer », a-t-il déclaré au président du tribunal. Il a ajouté se sentir « tranquille » et confiant envers la justice. C’est sa deuxième confrontation avec cette accusation — après une première annulation d’inculpation en 2023.
Le 27 juillet : un mois d’attente pour les victimes
Dix-sept ans après le massacre du stade de Conakry, les victimes et leurs familles doivent patienter un mois supplémentaire. Ce délai n’est pas exceptionnel dans le calendrier judiciaire guinéen — d’autres dossiers de la CRIEF connaissent des reports similaires. Le 29 juin également, le procès du directeur général de l’hôpital Jean-Paul II a vu son délibéré renvoyé au 1er juillet, pour cause de décès d’un avocat du dossier. La justice guinéenne avance, mais par à-coups.
Pendant ce temps, l’école guinéenne poursuit sa marche
Le même 29 juin, le baccalauréat unique 2026 se poursuivait dans toutes les préfectures. À N’Zérékoré, le secrétaire général du ministère a déclaré la guerre à la fraude. À Maferinya, le Premier ministre Amadou Oury Bah a personnellement lancé les épreuves sous le sceau du mérite. Pour Ratoma, 17 996 candidats affrontaient l’examen. Cette coexistence — un procès historique en délibéré, une jeunesse qui compose ses examens — dessine les deux visages simultanés de la Guinée de 2026.
Ce que ces deux calendriers disent du pays
La justice transitionnelle guinéenne avance lentement mais avance. La requalification en crime contre l’humanité, si elle est retenue le 27 juillet, ferait jurisprudence. L’éducation guinéenne, elle, continue de produire des bacheliers malgré les défis structurels. Les deux dossiers sont liés par une même question : la Ve République guinéenne tient-elle ses promesses envers ses citoyens — qu’ils attendent justice ou qu’ils composent un examen ?
Quand un verdict historique attend un mois supplémentaire et que 94 000 jeunes Guinéens passent leur baccalauréat le même jour, quelle Guinée se construit vraiment — celle qui juge son passé, ou celle qui prépare son avenir ?
Xolomo Tokpa

