Madagascar : la SADC en urgence, Ramaphosa tente de sauver la transition

Ce lundi 29 juin 2026, à 17h heure du Botswana, les seize chefs d’État de la Communauté de développement de l’Afrique australe se réunissent en sommet extraordinaire par visioconférence. Sujet unique : Madagascar. C’est le deuxième sommet d’urgence depuis la prise du pouvoir par la junte du colonel Michaël Randrianirina en octobre 2025. Cyril Ramaphosa préside. La question centrale est simple : la transition malgache tient-elle encore ?

Octobre 2025 : quand Madagascar a basculé

Le 25 septembre 2025, le président Andry Rajoelina est renversé. Le colonel Michaël Randrianirina prend le pouvoir à la tête d’un Conseil de transition baptisé « Refondation ». C’est le troisième coup d’État à Madagascar depuis l’indépendance. La SADC réagit rapidement. Le 17 décembre 2025, un premier sommet extraordinaire demande aux autorités malgaches une feuille de route de transition avant le 28 février 2026. Antananarivo s’exécute. Le Programme de la Refondation est remis à temps. Il prévoit un référendum constitutionnel entre mai et juin 2027 et une présidentielle avant fin 2027.

Trois missions Joyce Banda — et une impasse persistante

Depuis janvier 2026, l’ancienne présidente du Malawi Joyce Banda a effectué trois missions de médiation à Madagascar. Elle dirige le Panel des sages mandaté par la SADC. Son objectif : rapprocher la junte, les partis politiques et la société civile autour d’une feuille de route partagée. Les avancées sont réelles mais fragiles. La concertation nationale piétine. L’opposition dénonce des conditions inacceptables. Le FFKM — les Églises protestantes, références morales incontournables à Madagascar — suit de son côté un calendrier légèrement différent. Les trois agendas ne sont pas encore alignés.

Ce que les chefs d’État vont décider

Le sommet de ce soir doit trancher sur plusieurs points. Premier point : valider ou réajuster le chronogramme de transition. Second point : définir les prochaines étapes de l’engagement régional. Troisième point : décider si des pressions supplémentaires sont nécessaires — y compris des sanctions ciblées, option évoquée en coulisses mais qui divise au sein de la SADC. Ramaphosa est en position délicate. Il préside à la fois la SADC et gère sa propre situation intérieure complexe en Afrique du Sud. Sa légitimité de médiateur est réelle mais pas illimitée.

Madagascar n’est pas le Sahel — mais les similitudes interrogent

La junte malgache ne ressemble pas aux juntes sahéliennes. Elle n’a pas rompu avec la France. Elle n’a pas expulsé les partenaires occidentaux. Madagascar collabore avec la SADC. Mais elle concentre le pouvoir, retarde les concertations et contrôle l’espace civique. Ce profil hybride — junte coopérative mais autoritaire — est précisément celui qui échappe aux mécanismes de pression classiques. La SADC ne peut pas brandir les mêmes leviers qu’elle a utilisés contre le Zimbabwe de Mugabe ou contre la Gambie de Jammeh.

Ce que ce sommet dit de la SADC

La SADC traverse une période de tension interne. La RDC, membre de l’organisation, est toujours en guerre dans son est. Le Mozambique fait face à des attaques jihadistes persistantes au Cabo Delgado. Plus de 2,3 millions de personnes sont déplacées dans la région SADC selon les données humanitaires 2026. Un échec malgache fragiliserait durablement la crédibilité de l’organisation comme garante de la stabilité régionale.

Quand la SADC convoque un deuxième sommet d’urgence en six mois sur Madagascar, est-ce la preuve que son mécanisme de médiation fonctionne — ou que la transition malgache est en train de lui échapper ?

Xolomo Tokpa

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