Ce lundi 22 juin 2026, les épreuves du Brevet d’Études du Premier Cycle ont officiellement démarré dans toute la Guinée. À N’Zérékoré, capitale de la Guinée forestière, plus de 16 000 candidats composent. Trois jours après l’incendie dévastateur du grand marché. Dans une ville traumatisée, sans site de vente provisoire, sans aide d’urgence concrète. Ces jeunes composent sous les cendres — au sens propre comme au sens figuré.
N’Zérékoré : une ville qui compose malgré tout
Le gouverneur Moussa Condé a officiellement lancé les épreuves du BEPC 2026 à N’Zérékoré. 16 000 candidats. Des élèves dont certains sont enfants de commerçants sinistrés. Des familles qui ont tout perdu le 19 juin. Ces mêmes familles ont envoyé leurs enfants aux centres d’examen le 22 juin. C’est une forme de résilience profonde. C’est aussi une question posée à l’État. Ces familles méritent mieux qu’un discours et un stylo.
Ce que le BEPC 2026 révèle sur l’école guinéenne
Le Brevet est un baromètre réel de l’éducation nationale. En Guinée, les défis sont structurels. Les salles de classe sont surchargées. Les enseignants sont insuffisamment formés et souvent sous-payés. Le matériel pédagogique manque dans les zones reculées comme la Guinée forestière. Les taux de réussite au BEPC restent inférieurs à la moyenne nationale dans les préfectures éloignées de Conakry. N’Zérékoré cumule ces fragilités.
La Ve République face à ses citoyens les plus jeunes
La Cour suprême a proclamé les résultats définitifs des législatives le 19 juin. La Ve République guinéenne est officiellement constituée. Les institutions fonctionnent. Mais une institution qui proclame des élections un vendredi et ne répond pas à l’urgence d’un marché incendié le dimanche suivant envoie un message clair. La démocratie formelle et la démocratie vécue ne se confondent pas encore en Guinée.
Le spectre du stade 3-Avril plane toujours
N’Zérékoré porte encore les cicatrices du 1er décembre 2024. Ce jour-là, une bousculade lors de la finale du Tournoi de la Refondation au stade 3-Avril avait fait entre 56 et 150 morts selon les sources. Ibrahima Kalil Condé était déjà sur place le lendemain. Les mêmes promesses avaient été faites. Dix-huit mois après, aucun responsable n’a été jugé. Aucune indemnisation n’a été versée. C’est dans ce contexte de défiance que 16 000 jeunes ouvrent leur feuille d’examen ce 22 juin.
Ce que ces jeunes méritent
Ces candidats au BEPC ne demandent pas grand-chose. Une salle propre. Un sujet lisible. Un correcteur honnête. Un diplôme qui ouvre des portes. Ces exigences minimales sont universelles. En Guinée, les remplir dans des zones comme N’Zérékoré reste un défi quotidien. Chaque session d’examen est une victoire de la volonté sur les conditions. Mais la volonté ne remplace pas une politique éducative ambitieuse et financée.
Quand 16 000 jeunes composent leur BEPC trois jours après un incendie dévastateur, sans aide d’urgence pour leurs familles, est-ce que l’État guinéen mesure ce que cela coûte de croire encore en lui ?
Xolomo Tokpa

