Le « Crocodile » resserre son emprise. Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a promulgué ce mardi 7 juillet 2026 une réforme constitutionnelle prolongeant son mandat de deux ans, jusqu’en 2030.
Une réforme aux trois bouleversements
Le texte, connu sous le sigle CAB3, avait été adopté par le Parlement le 24 juin dernier. Il fait passer les mandats présidentiel et parlementaire de cinq à sept ans. Le second mandat de Mnangagwa, qui devait s’achever en 2028, s’étire ainsi jusqu’en 2030. Autre bouleversement majeur : la suppression de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, en vigueur depuis 1987. Désormais, le chef de l’État sera désigné par un vote conjoint des deux chambres du Parlement. Or, celles-ci sont largement dominées par le parti au pouvoir, la ZANU-PF.
Un procédé déjà vu ailleurs sur le continent
Ce type de manœuvre institutionnelle n’est pas isolé en Afrique australe et centrale. En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara avait argué d’une « nouvelle République » en 2016 pour briguer un troisième mandat. Au Togo, Faure Gnassingbé a été réélu par le Parlement en 2025 après une réforme similaire du mode de scrutin. L’opposition zimbabwéenne dénonce d’ailleurs un « coup d’État constitutionnel ». Elle estime que l’article 328 de la Constitution interdit justement à un président en exercice de bénéficier d’un allongement de son propre mandat.
Une opposition muselée avant le vote
Le juriste Tendai Biti, figure du Constitutional Defenders Forum créé pour contester cette réforme, a été arrêté en mars 2026 pour réunion publique non autorisée. Le professeur de droit Lovemore Madhuku a lui été hospitalisé après avoir été agressé par des hommes en civil. Âgé de 83 ans, Mnangagwa dirige le pays depuis la chute de Robert Mugabe en 2017, après un coup d’État militaire. Il gouvernera potentiellement jusqu’à ses 87 ans. Ainsi, il prolonge une histoire politique zimbabwéenne déjà marquée par près de quatre décennies de pouvoir ZANU-PF ininterrompu depuis 1980.
Combien de temps encore les révisions constitutionnelles serviront-elles à prolonger le pouvoir plutôt qu’à le limiter ?
Xolomo Tokpa

