La peur a gagné les rues avant même le premier cortège. Ce mardi, jour du « Saba Saba », des appels à manifester se multiplient en Tanzanie. Un an après une répression sanglante, la police a déjà pris position.
Un anniversaire sous très haute tension
Le 7 juillet commémore la création en 1954 du parti indépendantiste de Julius Nyerere. Cette année, « Saba Saba » prend un tout autre sens. Des appels anonymes circulent sur les réseaux sociaux depuis plusieurs jours. Ils réclament une nouvelle Constitution et la justice pour les victimes d’octobre 2025. Les autorités ont interdit tout rassemblement politique et déployé forces antiémeutes et véhicules blindés à Dar es Salaam.
Le spectre de la répression électorale
La présidente Samia Suluhu Hassan avait été réélue le 29 octobre 2025 avec 98% des voix. La contestation qui a suivi avait été violemment réprimée. Une commission gouvernementale a dénombré 518 morts en avril dernier. L’opposition et des ONG évoquent, elles, jusqu’à 2 000 à 3 000 victimes. Le préfet de Dar es Salaam a averti fin juin que « tout recours à la force » resterait possible face à de nouvelles manifestations.
Une opposition affaiblie mais mobilisée
Tundu Lissu, chef du parti Chadema, reste emprisonné depuis avril 2025 pour trahison, un chef d’accusation passible de la peine capitale. Son parti, prudent, ne soutient pas officiellement la manifestation de ce mardi. Mais Chadema et le parti ACT-Wazalendo contestent en justice l’interdiction des rassemblements. Plusieurs témoins racontent une population encore traumatisée, entre peur des représailles et colère intacte face à l’impunité persistante.
La Tanzanie osera-t-elle revivre son propre 7 juillet ?
Xolomo Tokpa

