Union africaine : la corruption plombe l’Agenda 2063

Un cri d’alarme continental. À l’occasion de la Journée africaine de lutte contre la corruption, célébrée le samedi 11 juillet 2026, le président de la Commission de l’Union africaine a haussé le ton.

Un appel à sortir des simples déclarations

Mahmoud Ali Youssouf a exhorté les États membres à muscler d’urgence leurs politiques d’intégrité. Sans cela, l’Agenda 2063, censé faire du continent un « phare mondial », restera lettre morte, prévient-il. Le thème retenu cette année est explicite : « Étendre la promotion de l’intégrité et des actions anticorruption à travers l’Afrique ». Le président de la Commission y voit la volonté de dépasser la simple déclaration de principe. Il a salué le travail du Conseil consultatif de l’UA sur la lutte contre la corruption, tout en reconnaissant des résultats encore trop limités sur le terrain.

Des milliards qui dorment loin du continent

Mahmoud Ali Youssouf a pointé un problème documenté depuis des années par plusieurs institutions financières internationales. Des milliards de dollars africains resteraient stockés dans des paradis fiscaux, loin des besoins réels des populations. Il appelle à une coopération multilatérale renforcée pour accélérer le recouvrement de ces avoirs illicites. Ce combat rappelle celui mené depuis 2018 par l’Union africaine autour du rapport Mbeki sur les flux financiers illicites. Ce rapport estimait déjà à plus de 50 milliards de dollars par an les pertes africaines liées à ces flux. Sept ans plus tard, la situation demeure largement inchangée selon plusieurs experts du secteur.

Un classement contrasté entre pays africains

La Fondation Mo Ibrahim a publié, à la veille de cette journée, les résultats préliminaires de son indice de gouvernance 2026. Le Rwanda conserve la première place africaine en matière de lutte contre la corruption, un rang occupé depuis 2016. Les Seychelles l’ont rejoint au sommet du classement, portées par une progression spectaculaire depuis dix ans. Le Burkina Faso figure aussi parmi les dix pays les mieux notés du continent. À l’inverse, le rapport souligne une dégradation dans 28 pays africains, représentant près de 59% de la population du continent.

La ZLECAf, otage de la mauvaise gouvernance

L’intégration continentale, portée par la Zone de libre-échange continentale africaine, dépend directement de cette confiance mutuelle entre États. Le président de la Commission le rappelle sans détour : harmoniser les politiques économiques reste vain si l’impunité persiste. La Côte d’Ivoire a d’ailleurs profité de cette journée pour présenter ses propres progrès, passant de 39 à 45 points sur l’indice de perception de la corruption entre 2015 et 2025. Reste que la corruption continue, selon l’UA, de saper la légitimité des États et de nourrir les frustrations sociales à travers le continent.

L’Afrique peut-elle bâtir son intégration économique sans d’abord assainir durablement sa gouvernance publique ?

Xolomo Tokpa

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