Fini les uniformes dans les carrés miniers. Le président congolais Félix Tshisekedi a ordonné, ce vendredi 10 juillet 2026, le retrait immédiat de tous les militaires et policiers déployés illégalement sur les sites miniers.
Une instruction sans délai à quatre institutions
La décision a été annoncée à l’issue du 94e Conseil des ministres, tenu à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a lu le compte rendu à la télévision nationale. Le chef de l’État a instruit quatre autorités précises. Le vice-Premier ministre de l’Intérieur, celui de la Défense, le chef d’état-major des FARDC et le commissaire général de la Police sont concernés. Chacun doit prendre, sans délai, toutes les mesures nécessaires pour mettre fin à cette pratique. L’exécution est présentée comme immédiate, sur l’ensemble du territoire national.
Une militarisation qui alimente la fraude
Pour Tshisekedi, cette présence illégale nuit gravement aux efforts d’assainissement du secteur minier congolais. Elle entretient des perceptions négatives sur la gouvernance des ressources naturelles du pays. Elle fragilise aussi les mécanismes de contrôle mis en place ces dernières années. Le président estime qu’elle favorise directement les circuits illicites d’exportation. La RDC produit à elle seule plus de 70% du cobalt mondial, ressource stratégique pour les batteries électriques. Le pays a exporté 3,4 millions de tonnes de cuivre l’an dernier, un record historique pour son économie.
Un mal ancien dans l’est du pays
La militarisation des sites miniers artisanals n’est pas un phénomène nouveau en RDC. Elle s’est particulièrement enracinée dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri. Des groupes armés locaux, mais aussi certains éléments réguliers, y ont longtemps taxé illégalement les creuseurs artisanaux. Un rapport des Nations unies avait déjà documenté ce système en 2022, dans les mines d’or du Sud-Kivu. Il révélait que des officiers militaires percevaient des commissions sur chaque gramme d’or extrait. Cette économie parallèle finance parfois indirectement des groupes armés, dont l’AFC-M23 dans l’est du pays.
Une réforme saluée, une application incertaine
Le Service d’Assistance et d’Encadrement de l’Exploitation Minière Artisanale a salué cette décision présidentielle. Son directeur général y voit une étape majeure dans l’assainissement du secteur. Reste que des directives similaires avaient déjà été émises par le passé, sans effet durable sur le terrain. L’immensité du territoire congolais et la faiblesse de l’autorité étatique dans certaines zones rurales compliquent toute application uniforme. Cette mesure s’inscrit néanmoins dans une série plus large de réformes minières voulues par Tshisekedi, incluant la révision de contrats chinois et le développement de la cartographie des minerais critiques.
Une instruction présidentielle suffira-t-elle à déloger des pratiques enracinées depuis des décennies dans l’est congolais ?
Xolomo Tokpa

