Ouganda : le procès de Besigye s’ouvre à Kampala

Le 30 juin 2026, la Haute Cour de Kampala a ouvert le procès de Kizza Besigye, principal opposant historique d’Yoweri Museveni. L’accusation : trahison. Besigye est en détention depuis son enlèvement au Kenya en novembre 2024. Son procès s’ouvre dix-neuf mois après cette arrestation controversée. Ses avocats dénoncent une parodie de justice. Ses partisans parlent d’un prisonnier politique. Le gouvernement parle d’un criminel jugé selon la loi.

Novembre 2024 : un enlèvement qui a tout déclenché

Kizza Besigye se trouvait à Nairobi, Kenya, le 16 novembre 2024. Il y avait été invité pour un événement politique. Des agents ont fait irruption dans sa chambre d’hôtel. Il a été extrait du territoire kenyan sans procédure d’extradition. Ramené de force en Ouganda, il a été immédiatement placé en détention. Le Kenya a protesté. L’Union africaine a évoqué une violation du droit international. Museveni a maintenu la détention sans procès pendant dix-neuf mois. Le procès s’ouvre aujourd’hui.

L’accusation de trahison : ce qu’elle recouvre

En droit ougandais, la trahison est passible de la peine de mort. L’accusation repose sur des éléments que le gouvernement n’a pas encore entièrement rendus publics. Ses avocats indiquent que les charges incluent des contacts présumés avec des gouvernements étrangers et une préparation supposée de déstabilisation du régime. Ces accusations sont contestées point par point par la défense. Le dossier sera présenté devant les juges dans les prochaines semaines.

Besigye face à Museveni : 25 ans d’opposition

Kizza Besigye a été candidat à la présidence de l’Ouganda à quatre reprises — en 2001, 2006, 2011 et 2016. Il a été chaque fois battu dans des scrutins contestés. Médecin de formation, il était le médecin personnel de Museveni avant de devenir son principal adversaire politique. Son arrestation en 2024 l’a privé de la liberté mais pas de sa notoriété. Dans les townships de Kampala, il reste une figure de résistance. Dans les cercles diplomatiques occidentaux, son dossier est suivi de près.

Le contexte aggravant : l’affaire Muhoozi

Ce procès s’ouvre dans un contexte déjà chargé. Le 15 juin 2026, Muhoozi Kainerugaba — fils de Museveni et chef de l’armée — avait revendiqué publiquement sur X l’enlèvement de l’avocat Erias Lukwago. Lukwago représente précisément Besigye dans ce dossier. La coïncidence est difficile à ignorer. Un général qui poste des aveux d’enlèvement sur les réseaux sociaux. Un opposant jugé pour trahison. L’espace politique ougandais se rétrécit à vue d’œil.

Ce que ce procès dit de l’Ouganda en 2026

Museveni est au pouvoir depuis 1986 — quarante ans. Il vient d’entamer son septième mandat après une élection de janvier 2026 jugée non compétitive. Le procès de Besigye n’est pas le premier de ce type sous son règne. Mais il est le plus médiatisé depuis des années. Il pose une question simple que les institutions régionales africaines peinent à formuler : jusqu’où un régime peut-il aller contre ses opposants avant que la communauté internationale ne cesse de l’appeler une démocratie ?

Quand l’opposant historique d’un président de quarante ans est jugé pour trahison après un enlèvement au Kenya, est-ce la justice ougandaise qui s’exprime — ou le pouvoir qui se protège ?

Xolomo Tokpa

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