Niger : Tiani dissout 9 agences d’État, la junte resserre l’étau

Par le décret n° 2026-310/PRN/PM du 8 juin 2026, le général Abdourahamane Tiani a supprimé neuf organismes publics rattachés à la présidence de la République, au Cabinet du Premier ministre et au Secrétariat général du gouvernement. Cette décision s’inscrit dans le contexte de Niger Tiani dissolution agences État, avec comme justification officielle de rationaliser les dépenses. La réalité politique : recentraliser les leviers de l’État dans les mains du sommet exécutif, dans un Niger sous pression militaire, économique et diplomatique.

Neuf structures rayées de l’organigramme d’État

Le décret dissous neuf organismes. Parmi les plus significatifs : le Centre national d’études stratégiques et de sécurité (CNESS), le Fonds d’investissement pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle (FISAN), l’Agence de modernisation des villes du Niger (AMV-Niger) et la Haute autorité de protection des données personnelles (HAPDP). S’y ajoutent l’Autorité de régulation des transports et cinq autres structures de régulation ou de coordination.

Leurs missions sont transférées aux ministères sectoriels. Les fonctionnaires détachés réintègrent leur ministère d’origine. Les contrats du personnel auxiliaire se résilient conformément au droit du travail nigérien. L’opération est juridiquement nette. Politiquement, elle concentre les compétences là où le CNSP exerce son contrôle direct.

Rationalisation budgétaire ou recentralisation du pouvoir ?

Le Niger fait face à une situation budgétaire difficile. Depuis le coup d’État de juillet 2023, les sanctions de la CEDEAO — partiellement levées en 2024 — ont fragilisé les finances publiques. On assiste à une suspension ou conditionnement de l’aide internationale. Les recettes pétrolières, dont l’oléoduc vers le Bénin est contesté, restent en deçà des projections.

Supprimer des agences coûteuses en frais de fonctionnement présente une logique comptable réelle. Mais le choix des structures dissoutes interpelle. Le CNESS — centre de veille stratégique — disparaît au profit d’un contrôle direct par la présidence. La HAPDP — autorité indépendante de régulation des données — est absorbée sans qu’un organisme équivalent soit annoncé. Ces suppressions ne sont pas neutres dans un État qui criminalise l’homosexualité par nouveau code pénal ce même mois de juin 2026.

Une semaine de décisions qui dessine un profil

Le décret du 8 juin ne s’est pas produit isolément. La même semaine, le général Tiani a signé un décret déchéant provisoirement de sa nationalité nigérienne la Dr Mariama Djibrine, dite « Mayra », présidente de l’Alliance des démocrates du Sahel (ADS-Sahel), une organisation créée hors du territoire. Le 11 juin, le Niger a promulgué un nouveau code pénal criminalisant pour la première fois l’homosexualité. Le 15 juin, le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine effectuait une visite officielle à Tripoli.

Ces décisions dessinent un profil cohérent : un pouvoir militaire qui consolide sa base institutionnelle, réduit les contre-pouvoirs formels, exerce une pression croissante sur les acteurs civils — tout en cherchant de nouveaux partenaires diplomatiques hors du champ occidental.

L’AES comme horizon politique

Le Niger évolue dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel (AES), qu’il a co-fondée avec le Mali et le Burkina Faso après le retrait de la CEDEAO. Ce regroupement tente de construire une alternative institutionnelle — avec la création récente de l’Union des collectivités territoriales (UCT-AES) pour « porter la voix des territoires ». La dissolution des agences nigériennes s’inscrit dans cette dynamique de refonte étatique revendiquée comme souveraine.

Mais l’AES reste un projet fragile. Aucun des trois pays ne dispose d’une légitimité démocratique électorale. Les ressources manquent. Et les attaques terroristes continuent de frapper les populations civiles.

Ce que pensent les Nigériens

La société civile nigérienne reste sous haute surveillance. Il y a aussi des contraintes d’expression pour les partis politiques. Les médias indépendants opèrent avec précaution. Les témoignages recueillis par des correspondants sur place décrivent une population fatiguée — par l’insécurité, par la hausse des prix, par l’absence de perspectives électorales. Le discours de rationalisation de l’État résonne différemment selon qu’on est fonctionnaire licencié ou haut cadre de la présidence.

Quand un régime militaire supprime les institutions de régulation indépendantes au nom de l’efficacité, vers quel type d’État le Niger se dirige-t-il vraiment ?

Xolomo Tokpa

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