Un pari politique inédit s’ouvre à Addis-Abeba. Ce mercredi 15 juillet 2026, l’Éthiopie a officiellement lancé sa Conférence de dialogue national, présentée comme un tournant pour la paix durable.
4 000 délégués venus de tout le pays
Plus de 4 000 représentants participent à cette conférence, organisée au Centre international des congrès. Ils viennent des États régionaux, d’Addis-Abeba, de Dire Dawa et de la diaspora éthiopienne. Des participants sont arrivés des États-Unis, du Royaume-Uni, des Émirats arabes unis et de Suède. Les délégués représentent plus de 1 200 woredas, les circonscriptions locales du pays. Le Premier ministre Abiy Ahmed a personnellement appelé les Éthiopiens à participer avec « patriotisme et responsabilité ». Les débats s’organisent autour de huit thèmes : la construction de l’État, la forme du gouvernement, le statut d’Addis-Abeba et Dire Dawa, les affaires religieuses, les institutions, l’État de droit, le socio-économique et l’anticorruption.
Une méthode inédite, venue de la base
Contrairement aux conférences politiques passées, façonnées par les élites, ce processus se veut ancré dans la base. La Commission éthiopienne du dialogue national, créée en 2021, a mené des mois de consultations à travers le pays. Le processus doit durer trois semaines, en trois phases successives. Cette approche s’inspire des mécanismes traditionnels éthiopiens de résolution des conflits. Elle fait écho à des expériences similaires en Afrique du Sud, en Tunisie et au Kenya, où le dialogue national a permis d’amorcer des transitions politiques.
Des absents qui pèsent lourd
Plusieurs acteurs politiques majeurs boycottent pourtant la conférence. Le groupe armé amhara Fano, l’Armée de libération oromo et plusieurs partis d’opposition ont annoncé leur absence. Ils dénoncent un manque d’indépendance de la Commission organisatrice. Ils doutent aussi de la volonté réelle du Parti de la prospérité au pouvoir d’accepter des concessions. La Constitution fédérale de 1994, déjà contestée à sa création, reste au cœur des tensions. De nombreux Amhara et partisans d’une identité pan-éthiopienne forte continuent d’en questionner la légitimité, plus de trente ans après son adoption.
Un test pour la stabilité du pays
L’Éthiopie reste marquée par des tensions sécuritaires persistantes dans plusieurs régions. La guerre du Tigré, achevée par un accord de paix fin 2022, a fait des centaines de milliers de morts. Des violences se poursuivent aujourd’hui en Amhara et en Oromia. Le président du Conseil des organisations de la société civile éthiopienne, Ahmed Hussein, y voit une « opportunité historique » de résoudre des différends profonds. Reste que l’absence des principaux groupes armés d’opposition limite d’emblée la portée des conclusions attendues de ce dialogue national.
Un dialogue national peut-il réellement apaiser un pays quand ses principaux opposants armés refusent d’y siéger ?
Xolomo Tokpa

