Le retour au pays a tourné court. Le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet a été interpellé ce dimanche 12 juillet 2026, dès son arrivée au Maroc en provenance d’Espagne.
Une arrestation pour « fausses informations »
Son épouse a annoncé l’interpellation à l’Agence France-Presse. Les autorités marocaines invoquent le motif de « diffusion de fausses informations ». Sollicité par l’AFP, le parquet marocain n’avait pas répondu dans l’immédiat après les faits. Ali Lmrabet vivait en exil depuis plusieurs années, principalement en Espagne. Il est connu pour ses positions critiques de longue date envers les autorités marocaines.
Un journaliste déjà sanctionné par le passé
Ce n’est pas la première fois qu’Ali Lmrabet fait l’objet de sanctions au Maroc. Il avait été interdit d’exercer le journalisme dans le pays entre avril 2005 et avril 2015. Cette interdiction de dix ans faisait suite à des déclarations sur les Sahraouis des camps de Tindouf, en Algérie. Le dossier saharien reste une ligne rouge particulièrement sensible pour les autorités marocaines. Toute prise de position jugée favorable au Front Polisario y expose historiquement les journalistes à de lourdes conséquences judiciaires.
Un climat régional de tensions sur la liberté de la presse
Cette arrestation intervient dans un contexte marqué par plusieurs affaires similaires sur le continent. En Guinée, la Haute Autorité de la Communication a levé, le 10 juillet, une suspension visant la Béta Média Labé et l’ensemble de ses canaux de diffusion. À l’échelle mondiale, RSF recense 13 journalistes tués et 474 détenus depuis le 1er janvier 2026. Le Maroc, lui, n’en déplore aucun sur cette même période, selon le tableau de bord de suivi en temps réel de l’organisation. Cependant, cette absence de violence physique contraste avec la pression plus diffuse que subissent les journalistes critiques. Cette pression se compose de procès, de contraintes financières et d’influence éditoriale.
Un dossier suivi de près par les organisations internationales
Le Maroc occupe la 105e place sur 180 pays dans le classement mondial 2026 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, avec un score de 50,55 points sur 100. Ce rang marque une progression de 15 places par rapport à l’année précédente. Cependant, le pays reste classé en « situation difficile ».
Le royaume se positionne troisième du monde arabe, derrière la Mauritanie (61e) et les Comores (72e). Il devance ses voisins maghrébins, la Tunisie (137e), la Libye (138e) et l’Algérie (145e).
RSF pointe cependant une pression persistante sur les journalistes critiques, notamment sur les sujets touchant la monarchie, la sécurité ou le Sahara occidental. D’autre part, ce cadre juridique reste régulièrement critiqué pour son caractère jugé trop extensif par les défenseurs de la presse.
L’affaire Lmrabet risque de raviver les critiques internationales sur l’état de la liberté d’expression au Maroc. Cela arrive à un moment où le royaume cherche à soigner son image sur la scène diplomatique mondiale.
Le Maroc peut-il concilier son ouverture économique affichée avec un cadre toujours restrictif sur la liberté de la presse ?
Xolomo Tokpa

