Le dossier le plus ancien de la transition malienne arrive enfin à l’audience. Six proches de l’ex-président Bah N’Daw comparaissent ce mardi 14 juillet 2026 devant la Cour d’appel de Bamako.
Cinq ans de détention avant le procès
L’affaire est jugée devant les chambres criminelles de la Cour d’appel de la capitale malienne. Parmi les accusés figurent le colonel Kassoum Goïta, ancien directeur de la Sécurité d’État. Kalilou Doumbia, ex-secrétaire général de la présidence sous Bah N’Daw, comparaît également. Un adjudant-chef de la Sécurité d’État, un commissaire de police, un opérateur économique et un marabout complètent la liste des prévenus. Ils sont poursuivis pour « tentative de complot contre le gouvernement ». Selon RFI, ces six hommes ont été enlevés puis torturés avant de croupir en prison depuis près de cinq ans.
Un dossier ouvert dès l’automne 2021
La procédure a été ouverte peu après le renversement de Bah N’Daw, en mai 2021. Ce coup de force militaire avait été mené par les mêmes officiers auteurs du putsch initial d’août 2020. Les faits précis reprochés aux six accusés n’ont jamais été rendus publics dans le détail. Selon leurs avocats, ils sont poursuivis avant tout en raison de leur proximité personnelle avec l’ancien président déchu. Cette affaire illustre un usage récurrent de l’accusation de complot par les autorités de transition maliennes.
Une plainte inverse restée sans suite
Les avocats de la défense ont eux-mêmes déposé une plainte en décembre 2021. Elle vise l’actuel directeur de la Sécurité d’État, le général Modibo Koné. Les motifs invoqués incluent l’association de malfaiteurs, la torture et le vol. Cette plainte n’a, à ce jour, donné lieu à aucune suite judiciaire connue. Ce déséquilibre procédural n’est pas isolé : un autre dossier malien, ouvert en décembre 2025, avait déjà renvoyé 14 prévenus devant la justice, dont plusieurs officiers supérieurs radiés de l’armée par le général Assimi Goïta, pour un projet similaire de « déstabilisation des institutions ».
Un climat politique saturé d’accusations
Depuis près de six années de transition, le Mali multiplie les procédures visant des personnalités politiques, militaires ou issues de la société civile. Presque toutes sont accusées de tentative de complot ou de déstabilisation des institutions. Cette accumulation de dossiers judiciaires nourrit un climat de suspicion permanente dans l’appareil d’État malien. Les six prévenus jugés ce mardi espèrent obtenir leur acquittement après cinq années d’incertitude judiciaire. Leur sort pourrait envoyer un signal fort sur l’indépendance réelle de la justice malienne face au pouvoir militaire en place.
Cinq ans de détention avant jugement : la justice malienne peut-elle encore se dire indépendante du pouvoir militaire ?
Xolomo Tokpa

