La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan a réimposé l’interdiction nationale des rassemblements politiques, levée en 2023. La décision est effective. Elle annule trois ans d’ouverture démocratique. Samia avait succédé à John Magufuli en 2021 — le président qui avait nié la Covid et muselé toute opposition. Elle avait promis autre chose. En 2026, la promesse s’efface.
L’espoir de 2021 — et son effacement
Quand Samia Suluhu Hassan est devenue présidente en mars 2021 après le décès de Magufuli, l’espoir était réel. Elle était la première femme à diriger la Tanzanie. Samia avait levé l’interdiction sur certains médias. Elle avait autorisé les partis d’opposition à tenir des réunions — une première depuis des années. En 2023, elle avait levé l’interdiction générale des rassemblements politiques. Reporters sans frontières avait noté une amélioration. L’opposition avait repris de l’espace. Les partenaires occidentaux avaient salué une transition crédible.
Ce qui s’est passé entre 2023 et 2026
Les élections générales de 2025 ont été le tournant. Le Chama Cha Mapinduzi (CCM) — le parti au pouvoir sans interruption depuis 1977 — a remporté les scrutins dans des conditions contestées par l’opposition et des observateurs internationaux. Plusieurs dirigeants de CHADEMA, le principal parti d’opposition, ont été arrêtés ou harcelés. Des meetings ont été dispersés par la police avant même la réimposition formelle de l’interdiction. Le durcissement était déjà en cours. La décision de Samia le formalise.
L’argument sécuritaire comme couverture politique
Le gouvernement tanzanien justifie l’interdiction par des raisons sécuritaires — risques de troubles à l’ordre public, tensions communautaires. C’est l’argument classique des régimes qui restreignent les libertés civiles sans les nommer pour ce qu’elles sont. En Tanzanie, les tensions communautaires existent — notamment entre Zanzibar et le continent. Mais elles ne justifient pas une interdiction nationale des rassemblements politiques, qui frappe avant tout l’opposition.
Une Afrique de l’Est qui rétrécit
La Tanzanie n’est pas seule dans cette trajectoire. L’Ouganda de Museveni juge Besigye pour trahison. L’Éthiopie gère ses opposants par la détention. Le Rwanda de Kagame organise des élections sans opposition réelle. La Tanzanie de Samia rejoindrait ce groupe — non pas comme une dictature assumée, mais comme une démocratie de façade qui utilise les formes institutionnelles pour contrôler le jeu politique. C’est précisément ce modèle — plus difficile à critiquer que l’autoritarisme frontal — qui se propage sur le continent.
Quand la première présidente de Tanzanie réimpose l’interdiction des rassemblements que son prédécesseur autoritaire avait instaurée, est-ce une dirigeante qui protège son pays — ou une révolution démocratique qui s’est mangée elle-même ?
Xolomo Tokpa

