Zimbabwe à l’ONU : l’Afrique au cœur du pouvoir mondial

Le 3 juin 2026, Harare a décroché son siège. Sans opposition, avec 182 voix sur 193. Le Zimbabwe intègre le Conseil de sécurité des Nations Unies pour 2027-2028. Cette entrée du Zimbabwe Conseil sécurité ONU marque une victoire nette, presque silencieuse, qui mérite pourtant qu’on s’y attarde longuement. Car derrière ce vote sans suspense se cachent des dynamiques géopolitiques majeures pour le continent africain.

Un siège arraché sans combat… mais pas sans calcul

L’Assemblée générale de l’ONU a renouvelé cinq sièges de membres non permanents ce mercredi. Parmi les nouveaux élus : l’Autriche, le Kirghizistan, le Portugal, Trinité-et-Tobago — et le Zimbabwe. Harare était le seul candidat présenté par le groupe africain. Pas de compétition donc. Mais ce consensus cache un travail diplomatique patient mené depuis plusieurs mois par Harare dans les couloirs onusiens.

Le Zimbabwe remplace la Somalie, dont le mandat s’achève fin 2026. Il rejoindra deux autres États africains déjà en poste : la République démocratique du Congo et le Liberia. Pour la première fois depuis longtemps, trois voix africaines siégeront simultanément autour de cette table cruciale. C’est rare. Ce n’est pas anodin. Et cela mérite qu’on mesure ce que cela représente concrètement.

Que peut vraiment faire Harare à New York ?

Le Conseil de sécurité est l’organe exécutif de l’ONU. Il est le seul habilité à imposer des sanctions ou à autoriser l’usage de la force. Ses décisions sont contraignantes pour tous les États membres. Ses cinq membres permanents — États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni — disposent du droit de veto. Les dix membres non permanents, eux, votent. Mais ne peuvent pas bloquer.

Ce déséquilibre structurel limite mécaniquement le poids africain. Pourtant, les membres élus ne sont pas sans influence. Ils fixent l’agenda des débats, portent des résolutions, et incarnent des blocs géopolitiques. Avec Harare, Kinshasa et Monrovia alignés, l’Afrique pourrait peser davantage sur les dossiers qui la concernent directement : le Sahel, la Corne de l’Afrique, les minerais critiques, la dette multilatérale, et les opérations de maintien de la paix.

Le Zimbabwe arrive avec ses propres atouts. Harare entretient des relations équilibrées avec Pékin et Moscou, mais aussi des liens fonctionnels avec l’Occident. Cette position médiane pourrait en faire un interlocuteur crédible dans des négociations où l’Afrique a trop souvent été objet plutôt que sujet.

Le retour en grâce d’un État longtemps proscrit

Il y a vingt ans, le Zimbabwe de Robert Mugabe était persona non grata dans les instances multilatérales. Sanctions occidentales, isolation diplomatique, effondrement économique spectaculaire. L’hyperinflation des années 2000 avait laissé des stigmates durables. Emmerson Mnangagwa a pris le pouvoir en 2017 et entrepris une réhabilitation progressive du pays sur la scène internationale.

Ce siège au Conseil de sécurité en est la consécration symbolique. C’est la reconnaissance que le Zimbabwe est de retour comme acteur diplomatique crédible. Mais Harare devra composer avec des contradictions internes persistantes. Le pays reste sous pression sur les droits humains. Sa relation avec Pékin est solide — ce qui complique parfois les positions à l’ONU. Et sa crédibilité comme porte-voix du continent africain sera scrutée à chaque vote sensible.

L’Afrique représentée, mais toujours pas réformée

Derrière l’élection du Zimbabwe se profile une question structurelle bien plus lourde. L’Afrique représente 54 États membres à l’ONU — soit plus du quart de l’Assemblée générale. Pourtant, aucun pays africain n’est membre permanent du Conseil de sécurité. Cette anomalie démographique et géopolitique est régulièrement dénoncée lors des sommets de l’Union africaine. Elle est régulièrement ignorée par les grandes puissances.

Le Consensus d’Ezulwini, adopté en 2005 par l’Union africaine, réclame deux sièges permanents pour le continent, avec droit de veto. Depuis vingt ans, cette revendication n’a pas avancé d’un centimètre. Les grandes puissances n’ont aucun intérêt à diluer leur pouvoir de veto. Et les Africains eux-mêmes peinent à s’accorder sur les pays qui devraient les représenter — le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Éthiopie étant régulièrement cités, sans jamais faire consensus.

Une élection dans un contexte géopolitique tendu

Le vote du 3 juin 2026 s’est tenu dans un contexte international particulièrement chargé. Le groupe des États d’Europe occidentale a été le théâtre d’une compétition serrée entre l’Allemagne, le Portugal et l’Autriche. Berlin a échoué à obtenir son siège, malgré son poids diplomatique et économique. Le Portugal et l’Autriche se sont imposés avec respectivement 134 et 131 voix. L’Allemagne n’en a obtenu que 104.

Ce résultat illustre que les élections au Conseil de sécurité ne sont jamais mécaniques. Elles reflètent des rapports de force, des alliances régionales, et des loyautés construites patiemment. Le Zimbabwe, lui, n’avait pas de concurrent désigné. Mais l’unanimité du groupe africain autour de sa candidature est en elle-même un signal politique fort.

Ce que ce mandat devrait produire

Concrètement, le Zimbabwe siégera à partir du 1er janvier 2027 pour deux ans. Il participera aux votes sur les crises en cours — Gaza, Ukraine, Soudan, Sahel. Il portera ou bloquera des résolutions. Le Zimbabwe aura un siège dans les négociations de couloir qui précèdent les votes officiels.

Pour l’Afrique, l’enjeu est de transformer cette présence en coordination réelle entre les trois membres africains du Conseil. Kinshasa, Monrovia et Harare devront s’entendre sur les dossiers prioritaires. Ce n’est pas garanti. Les intérêts des trois pays ne sont pas toujours alignés. Mais la fenêtre d’opportunité est là.

Le Zimbabwe au Conseil de sécurité, c’est une bonne nouvelle pour Harare. Pour l’Afrique, c’est un progrès réel — mais dans un système dont les règles fondamentales restent verrouillées depuis 1945. La vraie question n’est pas qui siège. C’est qui décide. Et sur ce point, rien n’a encore changé.

L’Afrique mérite-t-elle un siège permanent au Conseil de sécurité ? Et si oui, quel pays pourrait le porter sans diviser le continent ?

Xolomo Tokpa

Dernières Infos
ARTICLES CONNEXES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici