« Je l’appelle mon ami à la cravate rouge. Mais sur ce point, nous ne sommes pas tombés d’accord. » La formule est chirurgicale. Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la République gabonaise, vient de claquer une porte diplomatique — avec élégance, mais sans ambiguïté. La question des Gabon migrants expulsés Trump s’impose ici comme un point de discorde majeur.
Un refus net, assumé, public
C’est depuis la Cité de la démocratie de Libreville, face au correspondant de France 24 Marc Perelman, qu’Oligui Nguema a tranché. L’administration Trump avait bien sollicité le Gabon pour accueillir sur son territoire des migrants en situation irrégulière expulsés des États-Unis. La réponse gabonaise est sans appel : « Je ne les ai pas acceptés chez moi. Je le dis en toute honnêteté. Le Gabon n’est pas prêt à signer un accord qui ne nous arrange pas. »
Ce refus place Libreville dans une position singulière. Plusieurs États africains — le Ghana, le Rwanda, l’Ouganda — ont accepté de tels arrangements migratoires avec Washington. Le Gabon choisit une autre voie. Et l’assume publiquement.
Une diplomatie qui joue sa propre partition
Le positionnement d’Oligui Nguema révèle une ligne stratégique cohérente. D’un côté, il soigne sa relation avec Paris : une visite d’État en France est prévue le 20 juillet prochain. De l’autre, il refuse de plier face à Washington sur un sujet qui ne sert pas les intérêts gabonais. Entre les deux, il maintient une relation chaleureuse mais distante avec Trump.
Cette posture n’est pas improvisée. Depuis son arrivée au pouvoir en août 2023, puis son élection avec 94 % des suffrages en 2025, Oligui Nguema construit un discours de souveraineté décomplexée. Le retrait du camp militaire De Gaulle ? Il dit que c’est la France qui l’a demandé. Le FMI ? Il attend la fin d’un audit de la dette avant de signer. Les migrants expulsés ? Non merci.
Ce que ce refus dit de l’Afrique face à Trump
Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump a fait de l’expulsion des sans-papiers un marqueur politique central. Son administration a multiplié les pressions sur les pays d’origine ou de transit pour faciliter ces retours forcés. En Afrique, la stratégie américaine a rencontré des succès partiels.
Le refus gabonais illustre une réalité plus complexe. Tous les dirigeants africains ne se comportent pas de la même façon face à Washington. Certains négocient discrètement. D’autres refusent publiquement. L’Union africaine a elle-même exprimé ses inquiétudes sur ces accords dès août 2025. Le continent n’est pas un bloc homogène — et Libreville vient de le démontrer.
Un président qui consolide son image internationale
Un an après son élection, Oligui Nguema multiplie les signaux d’une présidence assumée. Il gère les dossiers économiques — les négociations avec Eramet sur le manganèse, l’accord FMI suspendu — tout en se projetant sur la scène internationale. Cette interview France 24 était visiblement préparée comme une démonstration de maturité gouvernementale.
Reste une zone d’ombre : les accusations de torture formulées par Sylvia Bongo, épouse de l’ancien président renversé en 2023. Oligui Nguema les a rejetées fermement. Mais elles pèsent sur son image à l’étranger et alimentent les critiques des organisations de défense des droits humains.
Sur les migrants, le Gabon a tracé une ligne. Sur le reste, le monde regarde. La souveraineté, ça se défend tous les jours — pas seulement dans les interviews.
Faut-il saluer le refus gabonais comme un acte de souveraineté exemplaire — ou y voir aussi un calcul diplomatique à surveiller de près ?
Xolomo Tokpa

