Conakry : la Cité Chemins de Fer rasée, Kaloum cherche son avenir

Il ne reste rien. Là où se dressait le quartier d’affaires de Conakry — ses banques, ses hôtels, ses compagnies minières, ses restaurants — un champ de ruines s’étend sur sept hectares au cœur de Kaloum. Ce samedi 6 juin, un journaliste s’est rendu sur place. La célèbre Cité Chemins de Fer a été entièrement démolie. Une page de la ville se tourne, entre deuil et interrogations.

De l’explosion à la démolition : deux ans et demi de sursis

L’histoire de la Cité Chemins de Fer s’était arrêtée brutalement dans la nuit du 18 décembre 2023. Ce soir-là, la gigantesque explosion du dépôt d’hydrocarbures de Kaloum avait soufflé l’ensemble du complexe. Bâtie sur sept hectares par l’homme d’affaires italo-suisse Guido Santullo sous l’ère du président Lansana Conté, la cité abritait une mosaïque d’entreprises : banques internationales, sièges de compagnies minières, restaurants chics, hôtels d’affaires.

Du jour au lendemain, ce fleuron moderne s’était transformé en complexe fantôme. Pendant plus de deux ans, les bâtiments soufflés mais encore debout ont résisté à la démolition, dans un entre-deux juridique et administratif. Aujourd’hui, il n’en reste rien. La démolition est totale.

Kaloum : le cœur économique de Conakry sous pression

La presqu’île de Kaloum est la colonne vertébrale économique de Conakry. C’est là que se concentrent les administrations, les sièges sociaux, les institutions financières, les représentations diplomatiques. La perte de la Cité Chemins de Fer a créé un vide considérable dans ce tissu économique. Des centaines d’entreprises ont dû se relocaliser dans l’urgence, dispersant une concentration d’affaires qui avait mis des décennies à se construire.

La question qui se pose désormais est simple : que va-t-il s’élever à la place ? Sept hectares au cœur de la presqu’île, c’est une opportunité foncière rare et considérable dans une ville sous pression démographique. Des projets circulent — immobilier d’affaires, équipements publics, parc urbain. Mais aucune annonce officielle n’a encore été faite par les autorités guinéennes sur le devenir du site.

Une blessure dans la mémoire urbaine

Au-delà de l’économie, c’est une question de mémoire et de responsabilité qui se pose. L’explosion de décembre 2023 avait causé des dizaines de morts, des centaines de blessés et des milliers de sinistrés dans les quartiers voisins. Deux ans et demi après, aucune mise en cause officielle n’a abouti. Aucun responsable n’a été jugé pour la gestion du dépôt d’hydrocarbures qui a provoqué la catastrophe.

La démolition de la cité efface les ruines visibles de l’explosion. Elle ne répond pas aux questions sur les causes, les responsabilités ni l’avenir des victimes. Dans une ville qui se transforme rapidement sous l’impulsion des grands chantiers miniers et infrastructurels, le risque est grand que la page se tourne trop vite — au détriment de ceux qui ont tout perdu cette nuit de décembre 2023.

Que construira-t-on sur les sept hectares de la Cité Chemins de Fer — et pour qui ? La réponse à cette question dira beaucoup sur la Guinée que le régime Doumbouya entend bâtir.

Xolomo Tokpa

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