Le président Paul Kagame et le président de l’Union cycliste internationale (UCI) ont lancé officiellement un Tour du Rwanda historique. C’est la dernière grande répétition avant les premiers Championnats du monde de cyclisme organisés en Afrique. Kigali accueillera l’événement mondial en septembre 2025. Le Rwanda fait du vélo ce que le Qatar a fait du football : un instrument de puissance douce. Mais à 200 kilomètres de la frontière avec la RDC, la situation reste tendue.
Le cyclisme rwandais : une success story planifiée
Le Rwanda s’est imposé en dix ans comme la capitale africaine du cyclisme. Depuis 2009, le Tour du Rwanda fait partie du calendrier UCI. Des coureurs rwandais participent aux grandes courses européennes. La Fédération rwandaise de cyclisme a construit une infrastructure d’entraînement moderne à Kigali. Ce n’est pas un accident. C’est une politique. Kagame a compris que le sport peut changer la perception internationale d’un pays. Il l’a fait avec le football (partenariat Arsenal, PSG), le basketball (NBA Africa) et maintenant le cyclisme à l’échelle mondiale.
Les premiers Mondiaux de cyclisme en Afrique
En accueillant les Championnats du monde UCI, le Rwanda devient le premier pays africain à organiser cet événement. C’est une rupture historique dans la géographie du cyclisme mondial. La discipline a longtemps été l’apanage de l’Europe — France, Belgique, Italie, Espagne. Les routes vallonnées du pays des Mille Collines ont convaincu l’UCI que l’Afrique pouvait offrir un terrain à la hauteur. Ce Tour du Rwanda est la dernière répétition technique avant le grand rendez-vous.
Soft power rwandais : la méthode Kagame
Paul Kagame gouverne le Rwanda depuis 1994. Il a transformé un pays sorti du génocide en hub technologique, touristique et sportif. Kigali est régulièrement citée comme la ville la plus propre et la mieux gérée d’Afrique. Les investissements étrangers affluent. Les grandes entreprises technologiques y ouvrent des bureaux. Et maintenant, les Mondiaux de cyclisme. Cette stratégie de soft power est efficace. Elle permet à Kagame de maintenir une image internationale positive malgré ses pratiques autoritaires documentées — répression de l’opposition, liberté de la presse limitée, disparitions de dissidents à l’étranger.
Le M23 à 200 kilomètres de Kigali
Le paradoxe rwandais est saisissant. Pendant que Kagame et l’UCI inaugurent un Tour historique à Kigali, l’est de la RDC reste sous la pression du M23. Ce groupe armé — que Kinshasa et les Nations Unies accusent d’être soutenu par Kigali — contrôle toujours des zones entières du Nord-Kivu. L’accord de paix signé à Washington en juin 2025 entre la RDC et le Rwanda est en difficulté. Des affrontements ont eu lieu en 2026. La distance entre le vélo à Kigali et la guerre à Goma est de 200 kilomètres.
Ce que ce Tour révèle sur l’Afrique du sport
Le Rwanda n’est pas seul dans cette stratégie. Le Maroc accueille la Coupe du monde 2030 (en coorganisation). L’Afrique du Sud vient de se qualifier pour les seizièmes du Mondial 2026. L’Égypte organise des tournois de squash mondiaux. L’Afrique investit dans le sport comme levier diplomatique, économique et identitaire. C’est une tendance de fond. Elle soulève une question sur laquelle le continent n’a pas encore répondu collectivement : comment s’assurer que le sport profite aux populations — et pas seulement aux dirigeants qui s’en servent comme vitrine ?
Quand Kagame lance un Tour du Rwanda historique pendant que la frontière congolaise reste sous tension, le soft power du vélo suffit-il à effacer les ombres de la géopolitique rwandaise ?
Xolomo Tokpa

