28 Septembre : 10 ans requis contre Lamah, la partie civile veut plus

Le 23 juin 2026, le parquet a requis dix ans de réclusion criminelle contre le colonel Bienvenu Lamah devant le tribunal ad hoc du procès du 28 septembre 2009. Le 24 juin, les avocats de la défense ont entamé leurs plaidoiries. La partie civile réclame la requalification des faits en crime contre l’humanité. Elle demande aussi jusqu’à 2 milliards de francs guinéens de réparations. Dix-sept ans après le massacre du stade de Conakry, la justice guinéenne approche de son verdict le plus symbolique.

Qui est le colonel Bienvenu Lamah ?

Bienvenu Lamah était instructeur au camp de formation de Kaléah en 2009. C’est l’ancien aide de camp de Dadis Camara, Toumba Diakité, qui l’a nommément mis en cause lors de son audition. Il affirme que des militaires du camp Kaléah avaient quitté pour commettre le massacre au stade. Arrêté en novembre 2022, Lamah était alors commandant de la gendarmerie régionale de Conakry.

Son parcours judiciaire est particulièrement complexe. Après son inculpation, ses avocats ont interjeté appel devant la Cour d’appel et ont obtenu gain de cause dans un premier temps. Cependant depuis le 18 décembre 2025, il fait face à ce second volet du procès. Malgré la lourdeur des charges, le colonel Lamah maintient une ligne de défense sans équivoque. Il plaide rigoureusement non coupable. À la barre, il a pris ses distances avec Dadis Camara. Il affirme ne l’avoir rencontré pour la première fois qu’à la Maison centrale. Sa défense soutient qu’il n’était qu’un simple instructeur sans pouvoir de recrutement ni autorité sur les recrues. De plus, elle affirme que sans pouvoir hiérarchique, aucune responsabilité de commandement ne peut lui être imputée.

Le parquet requiert 10 ans — la partie civile veut aller plus loin

Les réquisitions du parquet couvrent : complicité d’abus d’autorité, meurtre, assassinat, viol, coups et blessures volontaires, vol à main armée et enlèvement. La peine requise est de dix ans de réclusion criminelle assortie d’une période de sûreté de cinq ans. La partie civile, elle, pousse plus loin. Elle demande la requalification des faits en crime contre l’humanité. Cette requalification changerait fondamentalement la nature du procès et le quantum de peine possible. Elle réclame aussi 2 milliards de francs guinéens de réparations.

Les audiences du 24 juin : un hommage, un report, une reprise

La journée du 24 juin a été marquée par une émotion inattendue. La CRIEF a annoncé le report de la plupart de ses audiences en hommage à Me Maurice Togba Zogbélémou, avocat de renom du barreau guinéen, décédé dans la nuit du 23 juin. Ce report n’a pas touché le tribunal ad hoc du 28 Septembre. Les avocats de la défense de Lamah ont entamé leurs plaidoiries comme prévu. Le délibéré final approche.

17 ans d’attente : ce que ce procès signifie

Le procès du 28 Septembre est le plus important de l’histoire judiciaire guinéenne. Il implique des dizaines d’accusés, dont Moussa Dadis Camara. Ce dernier était chef de la junte au moment des faits, et il est jugé lui aussi dans ce dossier. Les victimes et leurs familles attendent depuis 2009. Certaines ont vieilli. D’autres sont décédées. Quelques-unes ont vu leurs proches promus dans les mêmes institutions qui les avaient massacrées.

Ce procès n’est pas seulement juridique. Il est politique et symbolique. Il dit ce que la Guinée décide de faire de son passé. La Ve République, proclamée le 19 juin, ne peut pas prétendre à une légitimité durable. Si les crimes d’État restent impunis, cette légitimité sera remise en cause.

Crime contre l’humanité : l’enjeu de la requalification

La demande de requalification par la partie civile est le point de tension du procès. Un crime contre l’humanité est imprescriptible. Il engage la responsabilité de l’État. Il impose des réparations collectives. Si le tribunal suit cette voie, ce sera une décision historique pour la jurisprudence guinéenne. Ce sera aussi historique pour la justice transitionnelle en Afrique de l’Ouest.

Dix-sept ans après le massacre du stade de Conakry, la Guinée peut-elle rendre une justice à la hauteur de ses victimes — ou le verdict du tribunal ad hoc sera-t-il une occasion manquée de rompre avec l’impunité d’État ?

Xolomo Tokpa

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