À quelques semaines des élections législatives algériennes, l’économie s’impose comme le thème central de la campagne. Les partis rivalisent de promesses sur l’emploi, le pouvoir d’achat et la diversification. Le président Tebboune, réélu en septembre 2024 avec 94,65 % des voix officielles, pilote un pays en pleine reconfiguration économique. Mais dans un système où les partis d’opposition peinent à exister, parler de campagne électorale réelle est une question de définition.
L’économie algérienne en 2026 : les chiffres et leurs limites
L’Algérie bénéficie d’une manne pétrolière et gazière significative. Les prix du gaz restent élevés depuis la crise ukrainienne. Les exportations d’hydrocarbures alimentent le budget. Le FMI prévoit une croissance de 3,8 % en 2026. Ces indicateurs macro sont solides. Mais ils masquent des failles structurelles. Le chômage des jeunes de moins de 30 ans dépasse 26 % selon l’Office national des statistiques. L’inflation alimentaire continue de ronger le pouvoir d’achat des ménages à revenus moyens. La dépendance aux hydrocarbures reste à 93 % des recettes d’exportation.
Ce que les partis promettent
Le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND) — piliers du système — mettent en avant les projets d’infrastructure et les hausses de salaires annoncées par Tebboune. Les partis islamistes modérés, comme le Mouvement de la société pour la paix (MSP-Hamas), ciblent la classe moyenne et les jeunes urbains avec un discours sur la moralisation économique. Les partis laïcs d’opposition légale, marginaux, parlent de libéralisation et de réformes institutionnelles. Aucun ne remet en cause le modèle de rente.
Une campagne dans un espace politique contraint
L’Algérie a organisé ses élections législatives dans un contexte de rétrécissement de l’espace politique depuis 2019. Le mouvement Hirak — soulèvement populaire contre le système — a été progressivement réprimé. Des journalistes, des avocats et des militants sont encore en détention. Reporters sans frontières classe l’Algérie au 138e rang mondial en matière de liberté de la presse en 2026. Dans ce contexte, les campagnes électorales sont autorisées. Elles se tiennent. Mais leur fonction réelle est de légitimer un résultat dont les grandes lignes sont déjà tracées.
La diversification économique : promesse récurrente, résultats limités
Depuis 2015, chaque gouvernement algérien a fait de la diversification économique sa priorité affichée. L’agriculture, le tourisme, l’industrie manufacturière et les nouvelles technologies sont cités dans chaque plan. Les résultats restent modestes. La part des hydrocarbures dans les exportations n’a pas significativement baissé. Les investissements directs étrangers hors hydrocarbures restent faibles par rapport aux pays comparables de la région. La bureaucratie et l’insécurité juridique freinent les entrepreneurs privés.
L’Algérie dans son environnement régional
L’Algérie est le plus grand pays d’Afrique par la superficie. Elle partage des frontières avec la Libye en crise, le Mali sous junte, la Mauritanie et la Tunisie sous régime présidentialiste renforcé. Dans ce voisinage, elle joue un rôle de stabilisateur revendiqué — médiateur dans les crises sahéliennes, pourvoyeur d’énergie pour l’Europe. Cette posture régionale lui confère une importance stratégique que les législatives internes ne reflètent pas.
Quand les élections législatives d’un pays de 46 millions d’habitants se jouent dans un espace politique contraint, l’économie est-elle vraiment en campagne — ou sert-elle simplement de décor à une démocratisation qui n’a pas encore eu lieu ?
Xolomo Tokpa

