Procès Kassory Fofana : la CRIEF reporte les plaidoiries au 18 juin

L’étape tant attendue des réquisitions et plaidoiries dans le dossier de l’ex-Premier ministre devra encore patienter. Le procès de Dr Ibrahima Kassory Fofana connaît un nouveau rebondissement avec un report inattendu de l’audience décisive.

L’audience de ce jeudi 11 juin 2026 devait marquer la clôture des débats devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Le tribunal a finalement décidé de renvoyer l’affaire au 18 juin prochain, à la surprise des parties.

Une audience aux conditions exceptionnelles

Cette audience particulièrement attendue se déroulait dans des conditions exceptionnelles depuis plusieurs séances déjà. La séance était installée dans les locaux de la Cour des comptes, en raison de circonstances particulières liées au dossier.

Cette installation exceptionnelle marque la spécificité de ce procès historique pour la justice guinéenne contemporaine. L’audience avait été annoncée comme un moment clé de la procédure judiciaire engagée contre l’ancien chef du gouvernement.

Le procès du Dr Kassory Fofana, ancien Premier ministre sous le régime d’Alpha Condé, suscite un intérêt considérable. L’opinion publique guinéenne suit particulièrement les développements de cette procédure judiciaire emblématique depuis son ouverture.

Quatre chefs d’accusation lourds contre l’ex-PM

Dr Ibrahima Kassory Fofana est poursuivi pour quatre infractions économiques particulièrement graves devant la juridiction spécialisée. Les chefs d’accusation comprennent notamment le détournement présumé de deniers publics au préjudice de l’État guinéen.

S’ajoutent à ces accusations des faits présumés de corruption durant l’exercice de ses fonctions ministérielles. L’enrichissement illicite figure également parmi les chefs retenus par le parquet spécial dans le cadre de cette procédure.

Le blanchiment de capitaux complète l’arsenal des accusations portées contre l’ancien chef du gouvernement guinéen. Ces qualifications juridiques traduisent l’ampleur des faits présumés reprochés au prévenu durant cette audience attendue.

Le parquet sollicite un nouveau report

Dès l’ouverture des débats ce jeudi, le ministère public a sollicité un report de l’affaire d’une semaine. Cette demande inattendue a immédiatement suscité des réactions au sein de l’auditoire et parmi les autres parties au procès.

Le parquet a expliqué sa demande par un motif technique précis lié à l’instruction du dossier. Il s’agissait selon lui d’examiner de manière approfondie le procès-verbal de la dernière audition du prévenu durant cette procédure.

Cette audition récente avait été réalisée dans des conditions particulières liées à l’état de santé du prévenu. Le Dr Kassory Fofana avait en effet été entendu à la clinique Pasteur où il poursuit actuellement son traitement médical.

La partie civile s’oppose au report

Cette requête du ministère public n’a toutefois pas fait l’unanimité parmi les parties présentes à l’audience. La partie civile s’y est fermement opposée, considérant que les motifs avancés étaient insuffisants pour justifier un report.

Les avocats représentant la partie civile estimaient en effet qu’aucun élément nouveau ne justifiait cette nouvelle prorogation. Selon eux, le dossier était suffisamment instruit pour permettre l’engagement immédiat des réquisitions et plaidoiries.

Cette position de la partie civile traduit l’exaspération face aux nombreux reports successifs dans cette affaire emblématique. Les multiples ajournements pèsent en effet sur la lisibilité globale de la procédure pour l’opinion publique guinéenne.

La défense également prête à plaider

Position similaire du côté de la défense de Dr Kassory Fofana lors de cette audience particulièrement tendue. Les avocats de l’ancien Premier ministre ont affirmé être prêts à aborder immédiatement les plaidoiries dans ce dossier.

Cette posture de la défense vise à permettre au dossier d’avancer rapidement vers son dénouement judiciaire. La stratégie consiste manifestement à éviter tout enlisement procédural susceptible de fragiliser la situation personnelle du prévenu.

Le souhait d’une accélération de la procédure exprimé par les deux parties contraste avec la demande du parquet. Cette convergence inhabituelle entre défense et partie civile témoigne d’une volonté partagée d’aboutir rapidement à un verdict.

L’état de santé du prévenu au cœur des débats

Au cours des échanges devant la Cour, la question de l’état de santé de l’ancien Premier ministre s’est invitée. Cette dimension humaine a profondément marqué le déroulement de l’audience et les arguments échangés entre les parties au procès.

Intervenant pour la partie civile, Me Pépé Antoine Lamah a exprimé de vives inquiétudes quant à la condition du prévenu. L’avocat a évoqué une situation sanitaire véritablement préoccupante nécessitant une attention particulière de la juridiction.

Me Lamah a notamment exhorté la justice à éviter toute lenteur dans le traitement de ce dossier. Selon l’avocat, les retards procéduraux pourraient compliquer davantage le déroulement de la procédure compte tenu de l’état du prévenu.

La décision finale du juge Daye Mara

Malgré les réserves exprimées par les différentes parties présentes, le président de la juridiction a tranché en faveur du report. Le juge Daye Mara a finalement retenu les arguments avancés par le ministère public lors de cette audience.

Le magistrat a ainsi ordonné le renvoi du dossier au jeudi 18 juin 2026 prochain. Cette nouvelle date sera désormais l’occasion d’engager officiellement les réquisitions du parquet ainsi que les plaidoiries des avocats.

Cette décision judiciaire marque une nouvelle étape dans un procès particulièrement long et complexe sur le plan procédural. Les acteurs du dossier devront patienter encore une semaine avant d’aborder la phase finale de cette affaire emblématique.

Une CRIEF particulièrement sollicitée ce mois de juin

Ce procès s’inscrit dans une période d’activité particulièrement intense pour la juridiction spécialisée guinéenne. La CRIEF examine simultanément plusieurs dossiers retentissants concernant d’anciens hauts responsables de l’État guinéen.

L’affaire Mohamed Diané mobilise également cette juridiction depuis plusieurs mois avec des audiences récentes. Le procès de Mandian Sidibé, ex-directeur général de l’OGP, s’est ouvert le 10 juin 2026 devant la même chambre.

Le verdict dans l’affaire Oyé Guilavogui est par ailleurs attendu pour le 1er juillet 2026. Le parquet a requis dix ans de prison contre l’ancien ministre de l’Environnement lors de l’audience du 10 juin dernier.

Un dénouement encore attendu

Cette nouvelle prorogation repousse une fois de plus l’épilogue d’un procès particulièrement suivi par l’opinion publique guinéenne. Les multiples reports alimentent la frustration au sein des Guinéens attentifs à l’évolution de la procédure judiciaire.

L’audience du 18 juin 2026 prochain constituera donc un rendez-vous décisif pour l’avenir du dossier Kassory Fofana. Les réquisitions du parquet et les plaidoiries des avocats marqueront enfin la dernière étape avant le délibéré.

Au-delà du sort individuel de l’ancien Premier ministre, c’est tout un système de gouvernance qui sera examiné. Le verdict à venir constituera ainsi un signal important dans la lutte contre la corruption au plus haut niveau de l’État.

Facinet Soumah

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