Ce vendredi 19 juin 2026 au Gillette Stadium de Foxborough, dans la banlieue de Boston, le Maroc a battu l’Écosse 1-0 lors de la deuxième journée du groupe C du Mondial 2026. Ismael Saibari a ouvert le score à la 2e minute — exactement comme contre le Brésil six jours plus tôt. Achraf Hakimi, capitaine et titulaire, a été sifflé par une partie du public américain tout au long du match. Cela s’est produit quelques heures après l’annonce de son renvoi en procès pour viol par la Cour d’appel de Versailles. Les Lions de l’Atlas prennent la tête du groupe C. De plus, ce Mondial se joue sur deux terrains.
Saibari encore : le nouveau talisman des Lions de l’Atlas
Ismael Saibari a frappé à la 1ère minute et 17 secondes de jeu — reprenant de volée un ballon trouvé en profondeur par Brahim Diaz dans un angle fermé pour loger sa frappe sous la transversale d’Angus Gunn. Un geste technique remarquable, une efficacité froide. D’ailleurs, c’est le deuxième but de ce Mondial pour le milieu offensif du PSV Eindhoven. En outre, il avait déjà ouvert le score contre le Brésil lors du match nul inaugural (1-1) le 13 juin.
Saibari devient la figure centrale de cette équipe marocaine. À 24 ans, il s’impose comme l’héritier naturel de Hakim Ziyech dans le registre des meneurs de jeu. Il possède une verticalité et une technique de frappe au-dessus de la moyenne. Le sélectionneur marocain Walid Regragui s’appuie sur sa percussion pour déséquilibrer les défenses adverses dès les premières secondes. Contre l’Écosse, le plan a fonctionné à merveille.
Hakimi sous les sifflets : le procès comme ombre portée
La journée du 19 juin aura été particulière pour Achraf Hakimi. Le matin même, la Cour d’appel de Versailles a confirmé son renvoi en procès pour viol, une accusation portée depuis février 2023 par une jeune femme. Son procès devant le tribunal correctionnel de Paris se tiendra ultérieurement. De plus, Hakimi a maintenu sa titularisation. Par ailleurs, le sélectionneur Regragui n’a pas modifié son plan initial.
Sur la pelouse de Foxborough, une partie du public américain l’a sifflé à chaque touche de balle, sans doute informée par les réseaux sociaux de l’annonce judiciaire du matin. Hakimi, impassible, a joué son match. Lors de cette rencontre, il est devenu le joueur africain le plus capé de l’histoire de la Coupe du monde (17 matchs). C’est un record passé dans un contexte pour le moins singulier. Par ailleurs, la FIFA, sollicitée sur le sujet, maintient que les poursuites judiciaires n’empêchent pas la participation à la compétition tant qu’aucune condamnation définitive n’a été prononcée.
Un Maroc solide sans être flamboyant
Le Maroc a dominé l’Écosse sans jamais réellement se mettre à l’abri. Après l’ouverture du score à la 2e minute, les Lions de l’Atlas ont géré la rencontre avec application plutôt qu’avec éclat. El Khannouss et Ounahi ont contrôlé le milieu de terrain. De plus, la défense, solide, n’a quasiment pas été inquiétée. Le gardien Yassine Bounou a effectué quelques arrêts de précaution sans être vraiment sollicité.
En face, l’Écosse de Steve Clarke a tenté de réagir en seconde période — sans y parvenir. La Tartan Army, venue nombreuse à Foxborough et connue pour ses chants envahisseurs, a animé les tribunes bien au-delà de ce que les résultats sur le terrain justifiaient. D’ailleurs, pour l’Écosse, une seule victoire sur les deux matchs restants — contre Haïti puis le Brésil — suffira probablement à se qualifier parmi les meilleurs troisièmes. Cependant, le calendrier est cruel.
Le groupe C en plein chaos favorable au Maroc
Avec 4 points en deux matchs (victoire contre l’Écosse, nul contre le Brésil), le Maroc est idéalement placé pour la qualification. Le Brésil d’Ancelotti, battu par Haïti 1-0 dans la surprise du siècle lors de ce même soir, se retrouve en mauvaise posture. En outre, si le Maroc obtient ne serait-ce qu’un point contre Haïti lors de la troisième journée, sa qualification pour les seizièmes sera actée. Ceci s’appliquera quel que soit le résultat brésilien.
La configuration rappelle à dessein le Mondial 1998, où le Maroc avait battu l’Écosse 3-0 dans ce même groupe avant d’être éliminé malgré 4 points, devancé par une Norvège victorieuse surprise du Brésil. Cependant, le contexte a radicalement changé : le Maroc de 2026, demi-finaliste au Qatar en 2022, ne se contente plus de morale. Désormais, il vise la victoire.
Ce Mondial africain se lit aussi hors du terrain
L’affaire Hakimi rappelle que le Mondial 2026 — le plus grand de l’histoire avec 48 équipes — se joue aussi dans les tribunaux, les réseaux sociaux et les salles de presse. Plusieurs sélections africaines naviguent dans des eaux extraterritoriales complexes : visa refusé pour Thomas Partey du Ghana, poursuites judiciaires pour Hakimi, débats politiques entourant certains présidents présents dans les tribunes. Ainsi, le football africain porte les contradictions de son continent au cœur de la compétition mondiale.
Quand le capitaine des Lions de l’Atlas mène son équipe en tête du groupe C sous les sifflets du public américain, le Mondial 2026 est-il en train de montrer que le football africain a atteint un niveau mondial — mais que ses acteurs portent encore des fardeaux que leurs homologues européens ne connaissent pas ?
Xolomo Tokpa

