Le 18 juin 2026, les trois principales institutions libyennes ont annoncé un accord historique : des élections présidentielle et législatives simultanées « au plus tard le 17 février 2027 ». Aguila Saleh pour la Chambre des représentants, Mohamed al-Menfi pour le Conseil présidentiel et Mohammed Takala pour le Haut Conseil d’État ont signé une feuille de route commune. Moins de 24 heures plus tard, l’Armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar désavouait publiquement l’accord. Cet épisode rappelle combien le Libye accord électoral 2027 Haftar reste un enjeu majeur sur la scène politique. Quinze ans après la chute de Kadhafi, la Libye rejoue le même scénario. Une annonce d’espoir est faite. Celle-ci est immédiatement fracassée contre la réalité du terrain.
L’accord du 18 juin : ce que les trois institutions ont signé
La réunion du 16 juin s’est tenue en visioconférence — signe que les protagonistes ne peuvent pas encore se retrouver dans la même salle. Les trois signataires représentent les deux rives politiques libyennes : Aguila Saleh dirige la Chambre des représentants basée à Benghazi (Est). Par contre, Al-Menfi et Takala siègent à Tripoli (Ouest). Leur accord porte sur un « document de principes ». Ce document définit une trajectoire électorale en cinq axes.
Premier axe : achèvement du cadre constitutionnel et juridique nécessaire aux élections. Deuxième axe : unification des institutions souveraines — banque centrale, compagnies pétrolières — actuellement dupliquées entre l’Est et l’Ouest. Troisième axe : réformes économiques et financières pour protéger les fonds publics. Quatrième axe : mise en place d’un comité suprême de supervision du processus électoral. Cinquième axe : tenue simultanée des scrutins présidentiel et législatif avant le 17 février 2027. L’ambition est réelle. Le délai — huit mois — est serré.
Haftar dit non — mais pas officiellement
L’Armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar n’a pas formellement rejeté la feuille de route du 18 juin. Elle a déclaré « préférer » le plan américain en cours de négociation. Ce plan vise également une unification des institutions exécutives libyennes mais selon un calendrier différent. De plus, ce plan propose des garanties distinctes pour les intérêts de l’Est. Cette nuance sémantique est en réalité une mise à l’écart du processus.
La portée réelle de l’accord du 18 juin se fracasse sur une donnée géographique simple : Haftar contrôle l’Est et le Sud du pays. Ces territoires abritent la quasi-totalité des gisements pétroliers libyens. Sans son adhésion, aucun processus électoral ne peut être organisé dans une large partie du pays. Par conséquent, aucune unification des institutions pétrolières — condition sine qua non de toute stabilisation économique — ne peut être mise en œuvre.
15 ans d’impasse : le calendrier des tentatives échouées
La Libye tente d’organiser des élections depuis la chute de Mouammar Kadhafi en octobre 2011. Les premières législatives post-révolution ont eu lieu en juillet 2012. Mais les résultats ont aussitôt été contestés. En 2021, un accord onusien avait abouti à la formation d’un gouvernement d’union nationale dirigé par Abdelhamid Dbeibah. Mais le pays restait divisé. Des élections présidentielle et législatives étaient prévues en décembre 2021. Elles n’ont jamais eu lieu. En 2024, une nouvelle tentative de rapprochement avait échoué sur les mêmes questions. Il s’agissait des critères d’éligibilité présidentielle, du lien entre élection présidentielle et législatives, et de la formation d’un gouvernement transitoire préalable.
L’accord du 18 juin 2026 reprend le même cadre que ses prédécesseurs — et se heurte au même obstacle : la question de la candidature potentielle de Saïf al-Islam Kadhafi (fils du dictateur déchu) et de Khalifa Haftar lui-même à la présidentielle. Ce sont deux figures dont l’éligibilité est juridiquement et politiquement contestée.
Le rôle américain : médiateur ou complicité de statu quo ?
En préférant le « plan américain » à la feuille de route du 18 juin, l’ANL de Haftar joue une carte diplomatique calculée. Washington reste un acteur clé dans le dossier libyen — ses compagnies pétrolières opèrent sur le territoire contrôlé par Haftar. Par ailleurs, l’administration Trump a fait de la stabilité énergétique une priorité dans la région. Le Premier ministre libyen Abdelhamid Dbeibah s’était rendu aux États-Unis quelques semaines avant cet accord. Il l’avait fait visiblement pour coordonner les positions.
Le président du Conseil présidentiel Mohamed al-Menfi s’est rendu en Suisse le 19 juin pour discuter de migration et de réconciliation avec les autorités helvétiques — signe que la diplomatie libyenne continue de tous les côtés. Cela reste vrai même quand l’accord vient d’être désavoué à l’intérieur.
Ce que la Libye révèle sur les transitions africaines
La Libye n’est pas le seul pays africain à accumuler les feuilles de route électorales sans aboutissement. Mais elle est le cas le plus emblématique de ce que les politologues appellent le « piège de la transition » : un État fracturé entre acteurs armés, richesses pétrolières et ingérences extérieures. De plus, chaque accord formellement signé masque des rapports de force qui n’ont pas changé.
Quand un accord électoral est signé par trois institutions rivales en visioconférence et désavoué le lendemain par l’homme qui contrôle le pétrole, la Libye négocie-t-elle une sortie de crise — ou recycle-t-elle indéfiniment le même espoir pour maintenir un statu quo profitable à tous ses belligérants ?
Xolomo Tokpa

