Une nouvelle étape importante a été franchie ce mercredi 6 mai 2026 dans la lutte contre la corruption en Guinée. La CRIEF a ouvert un dossier visant plusieurs hautes personnalités du pays. Ahmed Kanté, ancien ministre des Mines, est l’une des figures centrales de cette procédure.
Quatre prévenus poursuivis pour des faits graves
L’affaire concerne quatre prévenus poursuivis collectivement par le parquet spécial. Aux côtés d’Ahmed Kanté figurent Oumar Bah, Mamadou Alpha Sylla et Aboubacar Sidiki Camara. La procédure a été engagée à la suite d’une citation directe initiée par le ministère public.
Les charges retenues contre les quatre prévenus sont particulièrement lourdes selon les éléments du dossier. Ils sont accusés de corruption, détournement de deniers publics et prise illégale d’intérêts. Le blanchiment, l’escroquerie et l’enrichissement illicite figurent également parmi les chefs d’accusation.
Des infractions liées à la constitution de sociétés viennent compléter cette liste impressionnante. L’ampleur des charges témoigne de la complexité du dossier instruit par la juridiction spécialisée. Cette accumulation d’infractions présumées pourrait conduire à des sanctions particulièrement sévères en cas de condamnation.
Ahmed Kanté seul présent à l’audience
L’affaire a été appelée à l’audience ce mercredi 6 mai 2026 devant la chambre de jugement. Sur les quatre prévenus convoqués, seul Ahmed Kanté a répondu présent à la barre. Cette présence solitaire a marqué l’ouverture des débats devant la juridiction.
L’ancien ministre des Mines a été immédiatement invité à la barre pour l’ouverture des débats. Sa comparution constitue le premier acte concret de cette procédure judiciaire d’envergure. L’absence des autres prévenus interroge sur la suite que prendra le dossier les concernant.
Une demande de renvoi pour défaut d’accès au dossier
Dès l’entame des débats, la défense d’Ahmed Kanté a déployé sa stratégie. Une dizaine d’avocats l’accompagnaient pour cette première audience. Les conseils ont sollicité le renvoi de l’affaire pour une durée d’un mois.
Cette demande a été justifiée par l’absence d’accès au dossier judiciaire. Les avocats ont affirmé ne disposer d’aucune pièce de la procédure pour préparer efficacement la défense. Cette difficulté constituerait selon eux une entrave aux droits fondamentaux de la défense.
Le ministère public a réagi à cette demande par la voix du substitut du procureur. Biwon Millimouno ne s’est pas opposé au principe du renvoi sollicité par la défense. Il a toutefois proposé un délai plus court de trois semaines pour la prochaine audience.
Un rebondissement avec la production des pièces
La tension est montée d’un cran lors d’une intervention décisive de la partie civile. L’avocat de la partie civile a présenté à la Cour une chemise contenant des pièces importantes. Selon lui, ce document contiendrait l’intégralité des pièces du dossier judiciaire.
Cette révélation contredit directement l’argumentation déployée par la défense d’Ahmed Kanté. L’avocat de la partie civile a également apporté une autre information sensible. Les différentes citations adressées aux prévenus auraient été refusées par ces derniers selon ses déclarations.
Me Alpha Yaya Dramé est ensuite intervenu pour livrer son analyse de la situation. L’avocat a estimé que la présence d’Ahmed Kanté et de son équipe ne serait pas anodine. Selon lui, elle serait directement liée aux réquisitions récentes du parquet spécial.
Le ministère public avait en effet demandé un mandat contre l’ancien ministre des Mines. Me Dramé a qualifié la demande de renvoi de « fuite en avant » devant la cour. Cette formulation forte traduit une lecture critique de la stratégie de défense.
L’identification et les dénégations du prévenu
Après une courte suspension, l’audience a repris avec l’identification formelle du prévenu. Ahmed Kanté est né le 27 juillet 1957 à Conakry selon les informations fournies à la cour. L’ancien ministre est économiste de formation, marié et père de huit enfants.
Le juge a ensuite rappelé à l’accusé l’ensemble des charges retenues contre lui. Cette énumération formelle constitue une étape essentielle de la procédure pénale. Elle permet de fixer précisément le cadre des accusations dont devra répondre le prévenu.
Interrogé sur ces accusations, l’ancien ministre a adopté une posture ferme à la barre. Ahmed Kanté a catégoriquement nié l’ensemble des faits qui lui sont reprochés. Cette stratégie de dénégation systématique constitue le pilier central de sa défense.
Un dossier qui pourrait faire jurisprudence
Lors de cette première audience, la Cour a finalement tranché sur la suite à donner à l’affaire. La chambre de jugement a décidé de renvoyer l’examen du dossier au 27 mai 2026. Cette nouvelle audience permettra la poursuite des débats dans des conditions plus favorables.
Ce délai accordé devrait permettre à la défense d’accéder pleinement aux pièces du dossier. Il offrira également au parquet l’occasion de finaliser sa stratégie pour la suite. La prochaine audience constitue donc un rendez-vous judiciaire particulièrement attendu.
Ce dossier pourrait faire jurisprudence dans la lutte contre la délinquance économique en Guinée. La diversité des chefs d’accusation et le profil des prévenus confèrent à cette affaire une dimension exceptionnelle. L’issue de cette procédure sera scrutée avec attention par les observateurs du système judiciaire guinéen.
Facinet Soumah

