Dans la nuit du 19 juin 2026, un violent incendie ravage le grand marché de N’Zérékoré. Des centaines de boutiques, magasins et conteneurs sont réduits en cendres. Ce marché est le principal poumon économique de la Guinée forestière. Le 21 juin, une délégation ministérielle conduite par Ibrahima Kalil Condé arrive pour transmettre le message de Doumbouya. Quelques minutes après le début du discours, les commerçants sinistrés quittent massivement la salle. La visite tourne au fiasco.
L’incendie du 19 juin : l’ampleur du désastre
L’incendie s’est déclaré dans la nuit du jeudi au vendredi 19 juin. Il a consumé une large partie du grand marché central. Aucune perte humaine n’a été officiellement confirmée. Les dégâts matériels sont considérables. Des centaines de commerçants ont tout perdu. Le marché de N’Zérékoré est le premier centre commercial du sud-est guinéen. Sa destruction frappe une région déjà fragile économiquement.
La délégation arrive, les sinistrés partent
Le ministre Ibrahima Kalil Condé arrive le 21 juin accompagné de la ministre de la Femme Patricia Lamah et du directeur de l’ANGUCH. Il visite d’abord les ruines. Sur place, il déclare : « Ce que nous avons vu est horrible. Rien n’est récupérable. Tout est consumé. » À la Maison des jeunes, il prend la parole devant les sinistrés. Il annonce la reconstruction d’un nouveau marché. Les commerçants quittent la salle avant la fin du discours. Ils réclament un site provisoire immédiat. Pas des promesses à long terme.
Doumbouya promettait, les sinistrés veulent des actes
Le 20 juin, Doumbouya avait réagi sur Facebook. Il avait promis « une reconstruction rapide et durable ». Il avait salué les sapeurs-pompiers. Le Président avait conclu : « La Guinée se reconstruit, la Guinée avance ensemble. » Ces mots n’ont pas suffi. Les commerçants posent une question concrète. Comment survivre en attendant la reconstruction ? Où vendre leurs marchandises demain ? Aucune réponse opérationnelle n’a été donnée ce dimanche.
Ce que ce fiasco révèle
La réaction de l’État guinéen suit un schéma connu. Visite symbolique, message de solidarité, promesse de reconstruction. Ce qui manque : un plan d’urgence immédiat pour les sinistrés. Un site de vente provisoire. Une aide financière d’urgence chiffrée. Une enquête sur les causes de l’incendie. La réponse était de protocole. Le besoin était opérationnel. L’écart entre les deux explique la scène de la Maison des jeunes.
N’Zérékoré, une ville qui accumule les crises
Ce n’est pas la première fois. Le 1er décembre 2024, la finale du Tournoi de la Refondation au stade 3-Avril de N’Zérékoré tourne au drame. Un penalty contesté, les forces de l’ordre tirent des gaz lacrymogènes, la panique s’installe. Bilan officiel : au moins 56 morts. Les organisations de défense des droits humains avancent entre 135 et 150 morts, 11 disparus, des centaines de blessés. C’est l’une des pires catastrophes de stade de l’histoire africaine récente.
Le lendemain, Ibrahima Kalil Condé — le même ministre présent à N’Zérékoré le 21 juin 2026 — était déjà sur place. Le Premier ministre Amadou Oury Bah avait prononcé trois jours de deuil national. Doumbouya avait promis une commission d’enquête. Le garde des Sceaux avait instruit le procureur général de Kankan d’agir rapidement. Six mois plus tard, aucun verdict public, aucune indemnisation documentée, aucun responsable jugé.
L’incendie du marché du 19 juin 2026 s’inscrit dans ce même schéma. Une catastrophe frappe N’Zérékoré. Des ministres font le déplacement. Des promesses sont prononcées. Les populations attendent. La répétition de ce cycle — drame, visite, promesse, silence — est ce que les commerçants sinistrés ont refusé d’écouter jusqu’au bout, en quittant la salle le 21 juin.
Quand la même ville subit en dix-huit mois une bousculade meurtrière au stade et un incendie dévastateur au marché — et que les mêmes ministres arrivent avec les mêmes discours — est-ce que l’État guinéen a vraiment tiré les leçons de ses propres promesses non tenues ?
Xolomo Tokpa

