« America First » se décline désormais en Afrique. Depuis le début de 2026, plusieurs pays africains subissent un durcissement spectaculaire des conditions d’entrée aux États-Unis. Washington affirme vouloir un partenariat fondé sur les investissements, les ressources stratégiques et la sécurité. Dans les faits, l’immigration est devenue le premier levier de négociation de la nouvelle politique africaine de Trump.
Le visa comme monnaie d’échange
L’administration Trump a imposé des restrictions de visa à plusieurs nationalités africaines depuis janvier 2026. Ces mesures touchent des pays dont les citoyens sont perçus comme susceptibles de rester illégalement aux États-Unis. Mais elles servent aussi d’outil de pression diplomatique. Les pays qui coopèrent sur les expulsions obtiennent des assouplissements. Ceux qui résistent sont pénalisés. Le visa américain est devenu un instrument de politique étrangère explicite.
Terres rares : l’Afrique comme réserve stratégique
Washington cible les ressources stratégiques africaines. Le cobalt de la RDC, le lithium du Zimbabwe et du Mali, le manganèse d’Afrique du Sud, le fer de Guinée : ces matières premières sont essentielles à la transition énergétique et à la production militaire américaine. L’administration Trump veut sécuriser ces chaînes d’approvisionnement avant la Chine. Elle propose des partenariats miniers. Mais ces offres sont conditionnées. Les pays qui acceptent bénéficient d’une relation privilégiée. Les autres s’exposent à des frictions.
La sécurité comme troisième levier
Les sanctions contre le TPLF en Éthiopie le 18 juin l’ont montré. Washington utilise ses outils de politique étrangère pour peser sur les conflits africains. Ce n’est pas de l’humanitarisme. C’est du calcul stratégique. Abiy Ahmed est un partenaire potentiel dans la Corne de l’Afrique. Sanctionner ses opposants, c’est acheter sa coopération. Le même schéma se reproduit au Sahel. Les pays AES — Niger, Mali, Burkina — ne peuvent pas accéder aux programmes d’aide américains. C’est une pression indirecte.
La réponse africaine : entre pragmatisme et résistance
Les pays africains réagissent différemment. Certains s’alignent sur Washington pour préserver les canaux économiques. D’autres diversifient leurs partenaires vers la Chine, la Russie, la Turquie ou les Émirats arabes unis. L’AES a choisi la rupture avec l’Occident. Le Kenya de Ruto joue le jeu américain à Évian. Le Sénégal de Sonko-Faye tient un discours souverainiste mais reste dans les circuits financiers de Bretton Woods. Il n’y a pas de réponse africaine unifiée. Il y a des stratégies nationales d’adaptation.
Ce que cette politique révèle
La politique africaine de Trump n’est pas une aide. C’est une transaction. Washington ne cache plus les règles du jeu. Ressources contre accès. Coopération sécuritaire contre visas. Expulsions contre investissements. Pour les pays africains, le choix est clair : accepter les conditions ou trouver d’autres partenaires. La Chine a déjà répondu. Elle est présente dans 53 pays africains. Washington arrive en retard. Et négocie en position de force malgré tout.
Quand les États-Unis utilisent les visas, les terres rares et l’immigration comme leviers diplomatiques en Afrique, s’agit-il d’un partenariat stratégique — ou d’un nouvel extractivisme géopolitique qui ne dit pas son nom ?
Xolomo Tokpa

