Ce lundi 22 juin 2026 est une date butoir. Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, avait posé un ultimatum : l’avis de Diomaye Faye sur la révision constitutionnelle avant ce jour. Le 20 juin, Faye a répondu. L’Assemblée enclenche immédiatement la phase d’adoption. Commission le 24 juin, plénière le 29 juin. Vote final avant la clôture de la session ordinaire. Un calendrier très serré. La tension au sommet de l’État sénégalais est désormais publique autour du dossier Sénégal révision constitutionnelle Sonko Diomaye.
La rupture Sonko-Diomaye : retour sur un divorce politique
Les deux hommes ont fondé ensemble PASTEF. Diomaye Faye était l’homme d’appareil. Sonko était la figure charismatique. Le slogan de 2024 était explicite : « Diomaye mooy Sonko. » Deux ans plus tard, le tandem est brisé. Le 22 mai 2026, Faye a mis fin aux fonctions de Sonko comme Premier ministre. Al Aminou Lo a été nommé dans la foulée. Sonko a rebondi au perchoir de l’Assemblée nationale. Deux coqs dans la même basse-cour : la suite était prévisible.
Ce que la révision constitutionnelle prévoit
Le texte porté par PASTEF contient plusieurs modifications majeures. Il prévoit l’interdiction pour le chef de l’État de diriger un parti politique. il cherche à encadrer le droit de dissolution de l’Assemblée par l’exécutif. Le texte renforce le poids du Parlement face à la présidence. Ces réformes sont légitimes sur le papier. Elles ont un effet immédiat : limiter les leviers de Diomaye Faye sur l’Assemblée que Sonko préside.
Une cohabitation inédite dans un régime présidentialiste
Le Sénégal n’est pas habitué à ce type de tension interne. Le pays a toujours été structuré autour d’un présidentialisme fort. La Constitution de 2001 concentre le pouvoir dans les mains du chef de l’État. Sonko veut changer cela. Mais Faye, qui a saisi le Conseil constitutionnel sur la légalité de la réintégration de Sonko à l’Assemblée, n’a pas renoncé à ses prérogatives. La « cohabitation douce » revendiquée par Sonko reste incertaine. Les deux hommes partagent les mêmes idées. Ils ne partagent plus le même pouvoir.
Le 29 juin : le vote qui dira tout
La plénière du 29 juin sera le test décisif. Si l’Assemblée adopte le texte, Sonko marque un point majeur contre Diomaye Faye. Si le président saisit le Conseil constitutionnel pour bloquer la procédure, la crise devient ouverte. Deux textes sont également en attente : la Loi de finances rectificative et le Document de débat d’orientation budgétaire. L’Assemblée nationale est désormais un contre-pouvoir réel. C’est nouveau au Sénégal.
Ce que ça révèle sur la démocratie sénégalaise
En surface, c’est une querelle de personnes. En profondeur, c’est un test institutionnel majeur. Le Sénégal reste l’une des démocraties les plus stables d’Afrique de l’Ouest. Cette tension entre exécutif et législatif au sein du même camp politique est, paradoxalement, un signe de maturité institutionnelle. Les contre-pouvoirs fonctionnent. La question est de savoir s’ils survivront à l’ambition des deux hommes.
Quand le président de l’Assemblée pose des ultimatums au président de la République de son propre parti, le Sénégal invente-t-il une nouvelle forme de démocratie interne — ou prépare-t-il une crise institutionnelle sans précédent ?
Xolomo Tokpa

