Afrique : un déficit énergétique de 90 milliards $ 

Le chiffre revient, lancinant. L’édition du 13 juillet 2026 du journal de l’Union africaine a rappelé l’ampleur du défi énergétique du continent, en soulignant que l’Afrique fait face à un déficit énergétique de 90 milliards de dollars. En effet, il faudra injecter 300 gigawatts d’ici 2030.

Un déficit d’investissement chiffré chaque année

Ce besoin de 300 gigawatts correspond directement aux objectifs de l’initiative continentale Mission 300. Elle vise à raccorder 300 millions d’Africains à l’électricité d’ici 2030. Le président de Schneider Electric, Jean Pascal Tricoire, évoquait déjà ce déficit lors d’une intervention publique fin mai. Il chiffrait à près de 200 milliards de dollars les investissements énergétiques annuels nécessaires. Par ailleurs, les financements actuels plafonnent autour de 110 milliards de dollars par an. Il reste donc un écart d’environ 90 milliards de dollars à combler chaque année pour tenir les objectifs fixés.

Près de 600 millions de personnes dans le noir

Le Nigeria concentre à lui seul plus de 80 millions de personnes sans accès à l’électricité. C’est l’un des déficits énergétiques les plus importants au monde. Le Soudan du Sud affiche un taux d’électrification de seulement 5%, contre 94% pour le Gabon. Mission 300, lancée en 2024 par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, a déjà mobilisé 8,5 milliards de dollars. Elle a permis de raccorder 32 millions de personnes supplémentaires. De plus, le Rwanda reste souvent cité en exemple, ayant fait passer son taux d’accès de 6% en 2009 à 75% aujourd’hui. Il s’agit de l’une des progressions les plus rapides au monde.

Le problème des réseaux, pas seulement de la production

Produire de l’électricité ne suffit pas si elle ne peut pas circuler. L’Agence de développement de l’Union africaine évalue à 30 milliards de dollars les investissements nécessaires en réseaux de transport. Ces infrastructures, souvent construites dans les années 1960 à 1980, peinent à acheminer l’électricité vers les zones qui en ont besoin. En outre, l’Afrique du Sud prévoit de construire 14 500 kilomètres de nouvelles lignes de transport d’ici 2034. Sans cet effort parallèle sur les réseaux, une large part des nouvelles capacités de production renouvelable risque de rester sous-exploitée, faute de pouvoir atteindre les consommateurs finaux.

Des progrès réels mais inégaux selon les pays

Douze pays africains, dont le Nigeria, le Sénégal et la Tanzanie, ont signé des pactes énergétiques nationaux pour accélérer leurs réformes. Le Zimbabwe a ouvert son marché électrique aux investisseurs privés en 2025. Il vise neuf milliards de dollars d’investissements nouveaux. Le Kenya a introduit une réglementation permettant aux producteurs indépendants d’alimenter directement leurs clients. Ces avancées nationales restent toutefois hétérogènes. Toutefois, elles ne suffiront pas à combler un déficit dont l’ampleur continue de croître. Cela se fait au rythme d’une démographie africaine parmi les plus dynamiques au monde.

L’Afrique parviendra-t-elle à électrifier son immense population avant que sa croissance démographique ne creuse davantage l’écart ?

Xolomo Tokpa

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