Soudan : Hemedti, chef FSR, condamné à mort par contumace

La justice de guerre a rendu son premier verdict. Un tribunal de Port-Soudan a condamné, ce dimanche 12 juillet 2026, le chef des Forces de soutien rapide à la peine de mort par contumace.

Seize condamnations pour un assassinat symbolique

Le tribunal a jugé Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemedti, avec quinze autres accusés. Parmi eux figure son frère et numéro deux du groupe, Abdelrahim Hamdan Daglo. Plusieurs officiers des FSR et des chefs tribaux du Darfour-Ouest complètent la liste des condamnés. L’affaire porte sur l’assassinat, en juin 2023, du gouverneur régional Khamis Abbakar. Il avait été tué quelques heures après avoir accusé les FSR de mener des attaques contre des civils. Le tribunal a également retenu les chefs de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.

Un massacre documenté à El-Geneina

Les faits jugés s’inscrivent dans le contexte de la prise d’El-Geneina par les FSR en 2023. Des experts de l’ONU estiment qu’entre 10 000 et 15 000 personnes y ont été tuées. La plupart des victimes appartenaient à l’ethnie non arabe Massalit. La Cour pénale internationale enquête d’ailleurs sur ces mêmes faits depuis plusieurs années. Ce jugement soudanais intervient donc en parallèle des procédures internationales déjà engagées. Un précédent comparable existe : le procès d’Ali Kosheib, chef de milice janjawid, jugé par la CPI depuis 2021 pour des crimes similaires commis au Darfour dans les années 2000.

Une portée surtout symbolique

La condamnation par contumace signifie que les accusés n’étaient pas présents lors du procès. Le tribunal a renvoyé l’affaire devant la Cour suprême pour un nouvel examen. Il demande aussi l’arrestation et l’extradition des condamnés, notamment via Interpol. Dans un pays coupé en deux par la guerre, l’application concrète de cette peine reste hautement incertaine. Certains observateurs dénoncent une justice perçue comme sélective. Ils estiment qu’un jugement crédible devrait aussi examiner les violations attribuées à l’armée soudanaise elle-même, et pas seulement à son adversaire paramilitaire.

Une guerre qui se durcit plutôt qu’elle ne s’apaise

Le général Abdel Fattah al-Burhane et Hemedti avaient mené ensemble le coup d’État de 2021. Leur alliance s’est brisée en avril 2023, plongeant le pays dans une guerre ouverte. Ce conflit a fait des dizaines de milliers de morts et plus de onze millions de déplacés. Les Nations unies y voient la plus grande crise de déplacement au monde. Pour l’armée, ce verdict permet de présenter les FSR comme une force criminelle plutôt qu’un interlocuteur politique légitime. Il risque, à l’inverse, de durcir davantage les positions et de compliquer les efforts de médiation régionale en cours.

Une condamnation symbolique peut-elle rapprocher la paix quand les deux camps restent hors de portée l’un de l’autre ?

Xolomo Tokpa

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