Zimbabwe : Mnangagwa jusqu’en 2030, la Cour valide, les anciens combattants résistent

Le 17 juin 2026, la Cour constitutionnelle du Zimbabwe a rejeté le recours d’un groupe d’anciens combattants de la guerre de libération qui contestait le projet d’amendement constitutionnel permettant au président Emmerson Mnangagwa, 83 ans, de rester au pouvoir jusqu’en 2030 — deux années de plus que prévu. L’avocat des requérants, Lovemore Madhuku, a immédiatement annoncé qu’il poursuivrait la procédure. Cependant, avec le ZANU-PF aux deux tiers du Parlement, la messe semble dite. Ainsi, le Zimbabwe s’apprête à rejoindre le club des pays africains qui prolongent leurs présidents par voie constitutionnelle.

Le projet d’amendement n° 3 : ce que Mnangagwa veut vraiment

Le gouvernement zimbabwéen a soumis au Parlement le 2 juin 2026 l’amendement constitutionnel n° 3. Ce texte propose deux modifications fondamentales. Première modification : allonger la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans — ce qui permettrait à Mnangagwa de rester en poste jusqu’en 2030 au lieu de 2028. Deuxième modification, plus radicale : transférer l’élection présidentielle du suffrage universel direct au vote parlementaire. En clair, il n’y aurait plus d’élections présidentielles au sens classique. Désormais, le chef de l’État serait élu par les seuls membres du Parlement, où le ZANU-PF détient une majorité confortable.

Le ministre de la Justice, Ziyambi Ziyambi, défend le texte en invoquant l’efficacité gouvernementale et la stabilité institutionnelle. Cependant, les analystes politiques sont moins convaincus : avec 67 % des sièges à la Chambre basse, le ZANU-PF peut adopter n’importe quel amendement constitutionnel sans avoir besoin d’un seul vote d’opposition.

Les anciens combattants : de l’intérieur du système pour y résister

Ce qui rend ce recours judiciaire particulièrement significatif, c’est son origine. Les six requérants — Reuben Zulu, Godfrey Gurira, Shoorai Nyamangodo, Joseph Chinyangare, Digmore Knowledge Ndiya et Joseph Chinguwa — ne sont pas des opposants politiques extérieurs au système. Ce sont des vétérans de la guerre de libération contre le régime colonial rhodésien, piliers historiques de la légitimité révolutionnaire du ZANU-PF. De plus, leur opposition au projet de Mnangagwa est une rupture interne au mouvement historique.

Ils avancent un argument constitutionnel précis : en présidant personnellement la réunion du Cabinet qui a approuvé un amendement prolongeant son propre mandat, Mnangagwa a « placé ses intérêts personnels au-dessus de la Constitution ». Par ailleurs, Lovemore Madhuku, leur avocat constitutionnaliste de référence, a également attaqué l’absence de référendum populaire — normalement requis pour toute modification touchant aux droits fondamentaux des citoyens.

La Cour constitutionnelle rejette — et la procédure continue

Le rejet du recours par la Cour constitutionnelle le 17 juin ne clôt pas le dossier juridiquement. Madhuku a annoncé qu’il exploiterait d’autres voies procédurales. Un groupe de généraux à la retraite et d’anciens hauts fonctionnaires a également publiquement exprimé son opposition — des hommes qui avaient rencontré Mnangagwa pour lui faire part de leurs inquiétudes. À cela, il aurait répondu : « Le vainqueur est le vainqueur. » Ainsi, cette phrase, si elle est authentique, résume assez bien la doctrine politique du président zimbabwéen.

Par ailleurs, Human Rights Watch a documenté une vague d’intimidations visant les opposants à l’amendement depuis octobre 2025 : incendie criminel des bureaux du SAPES Trust à Harare, arrestations de militants, menaces contre des journalistes. Ces méthodes signalent que le pouvoir ne fait pas confiance au seul levier parlementaire pour faire passer son projet.

Mugabe, Mnangagwa : la promesse et la réalité

Emmerson Mnangagwa est arrivé au pouvoir en novembre 2017 après un coup d’État militaire qui renversait Robert Mugabe, au pouvoir depuis 1980. Il s’était présenté comme l’homme du renouveau, de l’ouverture économique, du retour à l’état de droit. Son slogan : « Zimbabwe is open for business. » Huit ans plus tard, il modifie la Constitution pour se maintenir au-delà de ses deux mandats constitutionnels. De plus, il supprime l’élection présidentielle directe et réprime ceux qui s’y opposent — y compris les vétérans de sa propre révolution.

L’ironie n’échappe à personne. Mnangagwa avait été l’un des architectes de la chute de Mugabe, accusé précisément de s’accrocher au pouvoir et de vouloir imposer sa femme Grace comme successeure. Il reproduit aujourd’hui le schéma qu’il avait dénoncé.

Un continent qui regarde

Le Zimbabwe n’est pas seul dans cette trajectoire. Le Cameroun de Paul Biya, 92 ans, en est à son sixième mandat. Le Togo de Faure Gnassingbé a adopté en 2024 un système parlementaire qui efface l’élection présidentielle directe. Le Rwanda de Kagame a organisé un référendum en 2015 pour permettre un troisième mandat. Chaque fois, les formes constitutionnelles sont respectées. Chaque fois, le résultat est le même : le président reste.

Quand un président arrive au pouvoir en renversant son prédécesseur pour cause d’accrochage au pouvoir, puis modifie lui-même la Constitution pour rester, le Zimbabwe a-t-il changé de dirigeant ou simplement de méthode d’autoritarisme ?

Xolomo Tokpa

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