L’atmosphère était inhabituelle ce lundi 11 mai à la Clinique Pasteur de Conakry (Kaloum). La chambre des appels de la CRIEF, conduite par le magistrat Daye Mara, accompagnée du procureur spécial Alphonse Charles Wright, s’est exceptionnellement déplacée au chevet de l’ancien Premier ministre Dr Ibrahima Kassory Fofana pour poursuivre son interrogatoire dans l’affaire de présumés détournements de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux.
Après plusieurs reports liés à l’état de santé du prévenu, cette audition marque une première dans cette procédure hautement médiatisée. Allongé sur son lit d’hôpital, l’ancien chef du gouvernement a finalement commencé à répondre aux questions de la Cour, avant que les échanges ne soient brusquement interrompus à la suite d’un incident de procédure soulevé par la défense.

Aux dires de Me Amadou Baben Camara, les débats ont achoppé autour d’une nouvelle pièce versée au dossier. « Le parquet a évoqué un procès-verbal provenant d’une unité de police. Nous avons immédiatement signalé que la défense ne disposait pas de cette pièce et que notre client affirme n’avoir jamais participé à cet interrogatoire », a-t-il expliqué devant la presse.
L’avocat précise toutefois que Kassory Fofana était en mesure de répondre aux premières questions posées par les magistrats malgré son état physique jugé préoccupant.
Pour sa part, Me Sidiki Bérété a salué la décision de la Cour de tenir l’audience à l’hôpital, estimant que cela démontre que son client n’a jamais volontairement refusé de comparaître. « Beaucoup pensaient qu’il cherchait à échapper à la justice. Aujourd’hui, chacun peut constater que son état de santé ne lui permettait pas de se déplacer », a-t-il déclaré.

Mais l’avocat a surtout dénoncé la longueur de la procédure judiciaire, rappelant que le procès en appel dépasse largement les délais prévus par la loi. « La procédure devait être bouclée depuis plusieurs mois. Cela fait plus d’un an que ce dossier traîne », a-t-il regretté.
La défense continue également de réclamer une évacuation sanitaire urgente de l’ancien Premier ministre, estimant que les infrastructures médicales disponibles en Guinée ne permettent pas une prise en charge adaptée. « On ne peut pas juger un homme dans cet état sans lui donner la possibilité de se soigner correctement. Tant qu’on n’est pas dans le coma, certains refusent de croire à la gravité de la maladie », a lancé Me Bérété, avant d’ajouter cette phrase forte : « Pour bouffer de la bonne viande, il faut traiter l’animal. »
Les avocats de Kassory Fofana persistent enfin à dénoncer ce qu’ils qualifient de dossier “politique”. Selon eux, les accusations portant sur les 15 milliards de francs guinéens seraient largement contestables, affirmant qu’une grande partie des fonds incriminés serait toujours logée dans les caisses du Trésor public.
En attendant la reprise des débats, cette audition délocalisée relance les interrogations sur l’état de santé de l’ancien Premier ministre et sur l’évolution d’un dossier devenu l’un des symboles majeurs des poursuites engagées contre les anciens hauts dignitaires du régime déchu.
Facinet Soumah

