Une région agricole jusque-là épargnée devient à son tour le théâtre de la violence. Des jihadistes ont attaqué vendredi 21 août le village de Dikera, dans l’État du Niger, au centre du Nigeria. L’assaut a eu lieu peu après la prière habituelle du vendredi. Des dizaines de civils ont été tués, et un nombre équivalent enlevé selon des témoignages recueillis samedi par l’AFP. Cette attaque relance les inquiétudes. Le Nigeria peine à contenir une menace jihadiste désormais plus dispersée sur son territoire.
Un assaut mené en pleine zone rurale
Jibril Ahmad, un habitant qui a survécu à l’attaque, a témoigné auprès de l’AFP. Selon lui, le groupe armé de Lakuwara a lancé l’assaut peu après la fin de la prière. Ces combattants étaient composés de plusieurs centaines d’hommes armés de fusils, de couteaux et de machettes. Ils auraient justifié leurs violences en accusant les habitants de ne pas suivre les véritables enseignements de l’islam. La police locale a confirmé avoir été informée de l’enlèvement, sans toutefois disposer d’informations sur d’éventuelles victimes. Les habitants de la région redoutent désormais de nouvelles attaques similaires dans les jours à venir.
Un déplacement géographique de la menace
L’insurrection jihadiste au Nigeria s’est longtemps concentrée dans le nord-est du pays. Boko Haram, puis sa dissidence, l’État islamique en Afrique de l’Ouest, y sont restés implantés. Ces groupes se concentraient autour du bassin du lac Tchad. L’attaque de vendredi s’est pourtant produite dans l’ouest du pays, à la frontière du Bénin. Cette région connaît une recrudescence des activités de groupes armés locaux et de militants venus du Sahel. Ce glissement géographique traduit une fragmentation croissante du conflit sur l’ensemble du territoire nigérian. Les experts sécuritaires redoutent désormais une contagion vers d’autres régions jusqu’ici épargnées.
Une menace que le gouvernement dit pourtant affaiblie
En août dernier, le gouvernement nigérian affirmait avoir démantelé deux groupes armés, Mahmuda et Ansaru. Les autorités avaient alors présenté l’arrestation de leurs chefs comme une victoire majeure contre l’insurrection. La violence jihadiste au Nigeria avait effectivement diminué depuis le pic observé une dizaine d’années plus tôt. Mais l’armée et la police restent aujourd’hui débordées par des conflits multiples et dispersés sur le territoire. Cette attaque illustre la difficulté persistante d’Abuja à sécuriser durablement l’ensemble de son immense territoire national. Les organisations humanitaires réclament désormais un accès rapide aux zones touchées pour évaluer les besoins des populations déplacées.
Ce glissement géographique de la violence jihadiste marque-t-il l’échec de la stratégie sécuritaire affichée par Abuja ?
Xolomo Tokpa


