Eswatini : l’accord migratoire avec Washington ravive la colère

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L’Eswatini a accueilli deux nouvelles personnes expulsées des États-Unis dans le cadre d’un accord migratoire de plus en plus controversé entre Washington et le petit royaume d’Afrique australe.

Le gouvernement eswatinien a confirmé leur arrivée jeudi 27 août. Leurs nationalités précises n’ont pas été rendues publiques, mais les autorités ont indiqué qu’elles étaient originaires d’Amérique latine.

Plus de trente personnes ont désormais été transférées des États-Unis vers l’Eswatini depuis le début de ce programme.

La particularité du dispositif est essentielle : ces personnes ne sont pas nécessairement des citoyens de l’Eswatini.

Washington les expulse vers un pays tiers.

5,1 millions de dollars au cœur de l’accord

Le gouvernement de l’Eswatini a reconnu avoir reçu 5,1 millions de dollars des États-Unis dans le cadre de l’accord.

Le ministre des Finances avait publiquement confirmé ce montant en novembre 2025.

Pour l’administration américaine, ce type de dispositif offre une solution lorsque l’expulsion directe d’un migrant vers son pays d’origine est difficile ou impossible.

L’Eswatini fait ainsi partie des pays utilisés dans la politique américaine dite de déportation vers des « pays tiers ».

Mais cette coopération provoque une importante controverse politique et juridique.

Pourquoi l’accord est contesté

Des avocats et défenseurs des droits humains reprochent au gouvernement de manquer de transparence sur les conditions exactes de l’accord.

Une autre question concerne le sort des personnes transférées.

Certaines ont déjà purgé aux États-Unis les peines liées aux infractions pour lesquelles elles avaient été condamnées. Des organisations dénoncent donc leur maintien en détention après leur arrivée en Afrique.

La question devient alors particulièrement sensible : que doit faire l’Eswatini de personnes étrangères dont les États-Unis ne veulent plus sur leur territoire mais qui ne sont pas non plus ressortissantes du royaume ?

Le programme crée ainsi une responsabilité nouvelle pour un pays d’environ 1,2 million d’habitants.

Une politique migratoire américaine qui s’exporte

L’affaire révèle surtout une évolution importante de la politique américaine d’immigration.

Washington ne cherche plus seulement à renforcer sa frontière ou à expulser des migrants vers leur pays d’origine.

L’administration Trump tente également de développer un réseau d’États acceptant de recevoir des ressortissants de pays tiers.

Pour les gouvernements partenaires, ces accords peuvent apporter une aide financière et renforcer leurs relations avec les États-Unis.

Mais ils créent une interrogation beaucoup plus délicate.

À partir de quel moment une coopération diplomatique devient-elle une externalisation des problèmes migratoires américains vers des pays plus pauvres ?

Le dilemme de souveraineté pour l’Afrique

Pour l’Eswatini, 5,1 millions de dollars peuvent représenter une somme utile.

Mais le débat ne peut être réduit au montant du financement.

Un État souverain doit aussi déterminer les conséquences juridiques, sécuritaires et humanitaires de l’accueil de personnes n’ayant aucun lien direct avec son territoire.

Pour l’Afrique, cette affaire constitue donc un précédent à surveiller.

Si d’autres gouvernements acceptent des mécanismes similaires, le continent pourrait devenir un élément beaucoup plus important de la stratégie migratoire américaine.

Pourquoi la diaspora africaine aux États-Unis doit suivre ce dossier

Pour les Africains vivant aux États-Unis, l’affaire mérite une attention particulière.

Elle montre que les décisions migratoires prises à Washington peuvent désormais avoir des conséquences directes sur des pays africains pourtant éloignés des frontières américaines.

Elle pose également une question de rapport de force.

Lorsqu’une puissance économique propose quelques millions de dollars à un petit État pour prendre en charge des personnes qu’elle souhaite éloigner de son territoire, la relation peut-elle réellement être considérée comme équilibrée ?

L’Eswatini se retrouve aujourd’hui au centre de ce débat.

Et derrière ce petit royaume se dessine une question beaucoup plus large : quelle place l’Afrique acceptera-t-elle d’occuper dans la nouvelle politique migratoire des États-Unis ?

Xolomo Tokpa

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