Kenya : la hausse des droits de douane met Nairobi sous tension

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La tension est montée vendredi 28 août dans le centre de Nairobi. La police kényane a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des commerçants qui manifestaient contre une modification des règles douanières qu’ils jugent pénalisante pour les petites entreprises.

Des centaines de boutiques ont fermé leurs portes dans plusieurs secteurs commerciaux de la capitale. Certains propriétaires participaient directement au mouvement, tandis que d’autres ont préféré fermer par crainte de débordements.

Derrière ces affrontements se trouve un débat beaucoup plus large : comment augmenter les recettes fiscales sans étouffer une économie largement portée par les petits entrepreneurs ?

Une nouvelle règle douanière contestée

La Kenya Revenue Authority, la KRA, applique depuis le 20 août une nouvelle valeur minimale de référence pour certaines marchandises importées dans des conteneurs groupés de 40 pieds.

Cette valeur passe de 2,5 millions à 3,2 millions de shillings kényans, soit une hausse de 28 %.

Il ne s’agit pas d’une taxe forfaitaire imposée à chaque conteneur. La valeur sert de référence aux services douaniers. Lorsque les marchandises transportées valent davantage, l’importateur reste tenu de déclarer leur valeur réelle.

Pour l’administration fiscale, la réforme doit combattre la sous-évaluation des importations.

La KRA estime que certaines cargaisons sont déclarées à des valeurs artificiellement faibles, réduisant les recettes publiques et créant une concurrence déloyale envers les entreprises respectant les règles.

Pourquoi les petits commerçants sont inquiets

Le problème est que de nombreuses petites entreprises kényanes utilisent le groupage.

Plusieurs commerçants partagent un même conteneur afin de répartir les coûts du transport international et du dédouanement.

Cette méthode est particulièrement utilisée pour les vêtements, chaussures, accessoires, pièces détachées et autres marchandises importées d’Asie ou du Moyen-Orient.

Les manifestants redoutent donc une hausse de leurs frais, qu’ils devront soit absorber, soit répercuter sur leurs clients.

Dans une économie où les ménages restent sensibles à l’évolution des prix, cette dernière possibilité pourrait alimenter de nouvelles tensions sur le pouvoir d’achat.

Une question politique sensible au Kenya

Le gouvernement kényan se trouve face à un dilemme.

Il doit financer les dépenses publiques, réduire les déficits et améliorer le recouvrement des impôts.

Mais les mesures fiscales sont devenues politiquement explosives.

Ces dernières années, le Kenya a déjà connu d’importantes mobilisations contre des projets fiscaux jugés trop lourds par une partie de la population.

La manifestation du 28 août montre que ce ressentiment n’a pas totalement disparu.

Lorsque des petits entrepreneurs considèrent que l’État les empêche de développer leur activité, une réforme technique peut rapidement devenir une crise politique.

Pourquoi cette affaire concerne aussi la diaspora

Pour la diaspora africaine, l’enjeu dépasse largement le Kenya.

Une partie importante des investissements de la diaspora en Afrique passe par de petites entreprises : boutiques, import-export, restauration, transport ou commerce de détail.

Ces activités sont extrêmement sensibles aux réglementations douanières.

Lorsqu’un gouvernement augmente les coûts d’importation sans mécanisme d’accompagnement, les conséquences peuvent se transmettre à toute la chaîne : commerçants, consommateurs et familles soutenues par la diaspora.

L’enjeu pour Nairobi sera donc de démontrer qu’une meilleure lutte contre la fraude peut être menée sans transformer les petits entrepreneurs en victimes collatérales de la politique fiscale.

C’est sur cet équilibre que le gouvernement kényan sera désormais attendu.

Xolomo Tokpa

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