Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, vient de franchir un cap stratégique majeur. Cinq jours après les attaques coordonnées du 25 avril, le groupe jihadiste change de registre. Ce 30 avril 2026, il a annoncé un blocus routier total autour de Bamako. En parallèle, il a lancé un appel public à un « front commun » contre la junte. Cette double offensive — militaire et politique — change la nature même du conflit malien.
Un blocus routier total autour de Bamako
C’est par la voix de son porte-parole Bina Diarra que le JNIM a officialisé sa nouvelle stratégie. Le message est sans ambiguïté. « À partir d’aujourd’hui, un blocus est imposé à Bamako sur tous les axes », a-t-il déclaré. Le trafic aérien vers les pays voisins reste maintenu. Mais l’asphyxie routière de la capitale est désormais une réalité.
Plusieurs compagnies aériennes ont déjà adapté leurs opérations. Sky Mali a suspendu ses vols vers le Nord et le Centre du pays. Les compagnies internationales, elles, n’ont pas annoncé de suspension généralisée. Elles appliquent toutefois des politiques restrictives et recommandent aux passagers de vérifier le statut de leurs vols.
L’objectif du JNIM est clair : transformer une victoire militaire en levier économique et psychologique. Le groupe veut étrangler les flux de marchandises et le ravitaillement de la capitale.
L’appel à un « front commun » : une offensive politique inédite
C’est sans doute le tournant le plus marquant. Sur sa plateforme Az-Zallaqa, le JNIM a lancé un appel sans précédent. Le groupe invite « tous les patriotes sincères, sans distinction aucune », à se lever. Il les exhorte à « unir leurs forces dans un front commun ». Le JNIM cible explicitement les partis politiques, les forces armées nationales, les autorités religieuses et les chefs traditionnels. Toutes les composantes de la société malienne sont visées. L’objectif affiché : une « transition pacifique et inclusive ».
Ce glissement est stratégique. Pour la première fois, un groupe jihadiste affilié à Al-Qaïda revendique un projet politique national. Le JNIM sort du registre purement militaire pour endosser un rôle de force politique légitimante. Une rupture avec deux décennies de doctrine.
Goïta brise le silence, hommage solennel à Sadio Camara
Le 30 avril a aussi été marqué par le retour public d’Assimi Goïta. En tenue de combat et lunettes noires, le chef de la junte s’est rendu à la cérémonie. Il s’est incliné devant le cercueil du général Sadio Camara. Le ministre de la Défense avait été tué le 25 avril. La cérémonie s’est tenue au bataillon du génie militaire de Bamako, sous très haute sécurité.
L’hommage a rassemblé des milliers de personnes. Étaient également présents les ministres de la Défense du Niger et du Burkina Faso. Ces deux pays sont alliés au Mali au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Sadio Camara, 47 ans, était considéré comme l’architecte du rapprochement avec la Russie depuis 2022.
Dans son allocution, Goïta a appelé les Maliens à « l’unité, à la vigilance et à la résistance ». Il a fustigé la désinformation, « une arme au service des terroristes ». Le chef de la junte a réaffirmé la poursuite des opérations militaires. Le partenariat avec Moscou, a-t-il confirmé, reste la colonne vertébrale de la stratégie sécuritaire malienne.
La riposte de l’AES : campagnes aériennes intenses
Face à cette pression, l’Alliance des États du Sahel a riposté. Le gouvernement nigérien a annoncé d’intenses frappes aériennes dans le nord du Mali. La force unifiée antijihadiste réunissant Niger, Burkina Faso et Mali a ciblé Gao, Ménaka et Kidal. Ces opérations ont été menées dans les heures qui ont suivi les attaques du 25 avril.
Cette mobilisation tripartite est un test majeur pour l’AES. L’alliance a précisément été créée pour mutualiser les capacités militaires des trois juntes sahéliennes. Reste à voir si ces frappes, essentiellement aériennes, suffiront. Le défi : briser la dynamique d’occupation territoriale du JNIM et du FLA.
Que retenir ?
L’évolution du 30 avril 2026 marque trois ruptures :
- Le JNIM ne se contente plus de frapper, il propose. Le groupe jihadiste appelle à un « front commun » incluant tous les segments de la société. Il tente une bascule politique sans précédent au Sahel.
- Bamako entre dans une logique de siège. Le blocus routier, même partiel, change radicalement le quotidien économique de la capitale. Il fragilise aussi la légitimité du pouvoir.
- L’AES est désormais à l’épreuve. La crise malienne est aussi celle des juntes burkinabè et nigérienne. Une faillite à Bamako ouvrirait un précédent dévastateur pour le Sahel central.
La prochaine question est désormais celle-ci. L’adversaire propose une « transition ». La junte de Goïta peut-elle encore se contenter de répondre par les armes ?
Xolomo Tokpa

