Mali : la junte d’Assimi Goïta ébranlée après les attaques coordonnées du 25 avril

Le Mali traverse l’une des pires crises sécuritaires de son histoire récente. Les attaques Mali 25 avril représentent une offensive coordonnée d’une ampleur inédite depuis la rébellion de 2012. Elles ont frappé simultanément sept villes du pays. Bilan : un ministre de la Défense tué, la ville stratégique de Kidal perdue, et une junte militaire dont la capacité à protéger même ses propres dirigeants est désormais ouvertement remise en cause. Enfin, voici le décryptage d’un séisme politico-militaire qui redessine les équilibres au Sahel.

Une offensive d’une ampleur inédite depuis 2012

Aux premières heures du samedi 25 avril 2026, le Mali bascule. Aux alentours de 5 heures du matin, deux explosions retentissent près de Kati, la grande base militaire située aux portes de Bamako qui abrite notamment le chef de la junte, Assimi Goïta. Au même moment, des tirs nourris éclatent à Gao, Sévaré, Kidal, Mopti et Bourem.

L’attaque, revendiquée conjointement par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM/GSIM), affilié à Al-Qaïda, et par le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement séparatiste à dominante touarègue, constitue la plus grande offensive coordonnée menée contre l’État malien depuis la rébellion de 2012.

La mort du ministre de la Défense, symbole d’une junte vulnérable

Le coup le plus dur pour le pouvoir de transition est tombé à Kati. Un véhicule piégé conduit par un kamikaze du JNIM a été précipité sur le domicile du général Sadio Camara, ministre de la Défense et figure centrale de la junte. La déflagration a tué le ministre, sa seconde épouse, l’un de ses enfants ainsi que dix-sept soldats.

Sadio Camara n’était pas un ministre comme les autres. Architecte du partenariat militaire entre Bamako et Moscou, il incarnait le pivot stratégique opéré par la junte depuis le départ des forces françaises en 2022. Sa disparition décapite littéralement le commandement militaire malien. Le général Modibo Koné, chef du renseignement, a quant à lui été grièvement blessé lors des mêmes événements.

Les funérailles nationales du ministre se tiennent ce jeudi 30 avril 2026 à 10 heures GMT, au terme de deux journées de deuil national observées lundi et mardi.

Kidal perdue, l’Azawad reprend du terrain

Au nord du pays, la situation a basculé en quelques heures. Kidal, ville hautement symbolique, est tombée dès la fin de la journée du 25 avril aux mains du FLA et du JNIM. Les forces maliennes et les paramilitaires russes de l’Africa Corps, retranchés dans l’ancien camp de la MINUSMA, ont dû négocier l’ouverture d’un couloir de sortie. Par conséquent, environ 400 combattants russes ont été évacués vers Tessalit sous escorte du FLA. C’est une scène qui, il y a encore un an, aurait été inimaginable.

Entre le 26 et le 28 avril, l’offensive du FLA s’est poursuivie. Les villes de Ber et Léré dans la région de Tombouctou, Tessit et Intahaka dans la région de Gao sont passées sous contrôle rebelle. De plus, l’armée malienne a abandonné le camp de Labbezanga.

Du côté de Gao, Mopti, Sévaré et Bourem, les combats ont été plus disputés. L’armée malienne tient toujours certains points stratégiques, comme l’aéroport international de Gao. Toutefois, la situation reste « extrêmement volatile », pour reprendre les termes employés par le ministère français des Affaires étrangères, qui a recommandé à ses ressortissants un départ temporaire dès que possible.

L’alliance JNIM-FLA, une équation stratégique inédite

Ce qui inquiète le plus les chancelleries occidentales et les capitales sahéliennes, c’est la coordination opérationnelle affichée entre deux mouvements aux idéologies pourtant divergentes : un groupe jihadiste affilié à Al-Qaïda d’un côté, un mouvement nationaliste touareg de l’autre.

Cette coopération prend des formes très concrètes : échanges de compétences en fabrication d’explosifs, maniement d’armes lourdes, logistique, conduite de véhicules. La simultanéité des attaques du 25 avril en est la démonstration la plus éclatante.

Sur le terrain, la répartition des rôles s’est faite avec une précision quasi-militaire :

  • À Kidal et Gao : opérations conjointes JNIM-FLA, où le FLA dispose d’une assise locale ;
  • À Bamako, Kati, Sévaré et Mopti : opérations menées exclusivement par le JNIM, dans le sud et le centre du pays.

La guerre de l’information bat son plein

Comme souvent dans ce type de crise, la bataille des récits s’est immédiatement engagée. Sur les réseaux sociaux, des comptes pro-russes et pro-junte ont diffusé des bilans largement contestés : Africa Corps a affirmé sur X que 10 000 à 12 000 combattants du JNIM et du FLA auraient participé aux attaques. De plus, ils ont affirmé que plus de 1 000 insurgés auraient été tués. Le 28 avril, le ministère russe de la Défense a publié des images de frappes aériennes affirmant avoir éliminé 305 militants supplémentaires.

Ces chiffres tranchent radicalement avec ceux annoncés par les autorités maliennes elles-mêmes : le général Oumar Diarra, chef d’état-major, a évoqué sur l’ORTM le 26 avril « un peu plus de 200 terroristes neutralisés » sur l’ensemble des attaques. C’est cinq fois moins que les chiffres avancés par les comptes pro-russes.

Plusieurs intox ont également circulé : prétendue vidéo prouvant que Sadio Camara serait toujours vivant, fausses images de prisonniers en réalité tournées au Malawi en 2024, accusations sans preuve d’implication de mercenaires français ou américains dans l’offensive.

Goïta sous pression : un message à la nation très attendu

Absent de l’espace public depuis le déclenchement de l’offensive, Assimi Goïta a enregistré un message à la nation qui devait être diffusé dans la soirée du 30 avril. Selon plusieurs sources, le chef de la junte aurait été exfiltré vers une destination inconnue dès les premières heures des attaques.

Cette absence prolongée, combinée à la mort du ministre de la Défense et à la perte de Kidal, place le régime de transition dans la position la plus fragile qu’il ait connue depuis le coup d’État de mai 2021. Plus largement, c’est tout le dispositif sécuritaire de l’Alliance des États du Sahel (AES) — qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger — qui se retrouve interrogé.

Réactions internationales : entre condamnations et inquiétude

La communauté internationale a réagi rapidement, mais en ordre dispersé :

  • L’Union européenne a « condamné fermement les attaques terroristes » et réaffirmé sa détermination dans la lutte contre le terrorisme.
  • La France, dans une posture délicate compte tenu du contentieux avec Bamako, a recommandé à ses ressortissants un départ temporaire.
  • Le Maroc et la Turquie ont condamné les attaques et exprimé leur solidarité avec les autorités maliennes.
  • La Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples, dans un communiqué publié le 27 avril depuis Banjul, a appelé à la protection des populations civiles et exhorté l’Union africaine et la communauté internationale à intensifier leur soutien aux États du Sahel face à la menace terroriste persistante.

Que retenir ?

Les attaques du 25 avril 2026 marquent un tournant dans la guerre du Mali. Trois constats s’imposent :

  1. L’alliance JNIM-FLA n’est plus une hypothèse mais une réalité opérationnelle, capable de planifier et d’exécuter des offensives synchronisées à l’échelle d’un pays vaste comme deux fois et demie la France.
  2. Le partenariat russe a montré ses limites. Africa Corps, présenté comme le rempart de la junte, n’a pas pu empêcher la chute de Kidal ni protéger le ministre de la Défense à quelques kilomètres du QG d’Assimi Goïta.
  3. La junte malienne entre dans une phase d’incertitude maximale. La gestion politique des prochaines semaines — succession à la Défense, communication présidentielle, riposte militaire — déterminera la suite du processus de transition.

Au-delà du Mali, c’est tout le Sahel central qui retient son souffle. Si l’alliance JNIM-FLA peut frapper sept villes simultanément au Mali, qu’en sera-t-il demain au Burkina Faso ou au Niger ?

Xolomo Tokpa

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