Dans la nuit du jeudi 4 au vendredi 5 juin 2026, la directrice générale des élections, Djénabou Touré, a bouclé la proclamation des résultats provisoires des législatives et les a déposés au greffe de la Cour suprême. Concernant les Guinée résultats législatives DGE, la dernière étape administrative de la transition est franchie. Le contentieux électoral est officiellement ouvert. La Guinée entre dans une nouvelle séquence — plus juridique que politique, mais tout aussi cruciale.
Les chiffres officiels de la DGE
Les données publiées par la Direction générale des élections dessinent un panorama clair. Sur un fichier électoral de 6 948 894 inscrits, 3 741 598 électeurs ont pris part au vote pour les législatives, soit un taux de participation de 53,85 %. Aux communales, le taux annoncé est de 58,51 % — sur 3 856 690 votants. Ce sont les chiffres officiels. Ils seront contestés.
Sur la liste nationale à la représentation proportionnelle — 49 sièges à pourvoir — le GMD, le parti du général Mamadi Doumbouya, remporte une écrasante majorité. Les 98 sièges restants, issus des scrutins uninominaux dans les circonscriptions, suivent le même schéma : domination du GMD, présence anecdotique du FRONDEG d’Abdoulaye Yéro Baldé, seule formation d’opposition à avoir finalement participé. L’Assemblée nationale de 147 membres sera quasi monocolore.
Le contentieux : 10 jours pour saisir la Cour
Le dépôt des résultats au greffe de la Cour suprême ouvre formellement la période de contentieux électoral. Les partis et candidats ayant participé au scrutin disposent d’un délai légal pour contester les résultats devant la juridiction suprême. La Cour devra statuer avant que les résultats définitifs soient proclamés et les députés officiellement installés.
La question est de savoir qui contestera. Le FRONDEG, qui a participé, peut saisir la Cour sur des irrégularités constatées dans certaines circonscriptions. Les Forces vives de Guinée, qui ont boycotté, peuvent-elles intervenir en qualité de tiers ? Juridiquement, leur marge est étroite. Politiquement, elles ont déjà livré leur verdict : ce scrutin ne les représente pas et ne les engagera pas.
Le taux de participation : guerre des chiffres
Le chiffre de 53 à 58 % de participation sera au cœur du débat dans les prochains jours. Les Forces vives avaient annoncé un boycott massif. Des journalistes présents à Conakry le jour du vote ont décrit des bureaux peu fréquentés dans la capitale. La DGE publie des taux nationaux qui tiennent compte des zones rurales — traditionnellement plus mobilisées, souvent moins accessibles aux observateurs indépendants.
Sans mission d’observation internationale crédible déployée sur l’ensemble du territoire, il est impossible de trancher définitivement. L’Union européenne et l’Union africaine avaient décliné ou limité leur présence. Les données DGE ne peuvent donc être ni confirmées ni infirmées de manière indépendante. Ce flou laisse le débat ouvert — et c’est précisément ce que les Forces vives exploiteront dans les prochains jours.
La Nouvelle République s’installe — avec quelle légitimité ?
Constitutionnellement, le processus est désormais complet. Référendum en septembre 2025, présidentielle en décembre 2025, législatives et communales en mai 2026, résultats proclamés en juin. Le calendrier de la transition est respecté. Doumbouya peut revendiquer avoir tenu ses engagements institutionnels.
Mais la légitimité politique est une autre affaire. Une Assemblée nationale élue sans les principaux partis d’opposition — dissous avant le scrutin — et avec des taux de participation contestés est une assemblée dont l’autorité représentative sera constamment remise en question. Ce n’est pas sans conséquences pratiques. Les lois votées pourront être contestées. Les institutions construites sur ce fondement seront fragiles. Et l’opposition, même sans siège au Parlement, conservera une capacité de mobilisation dans la rue.
Et maintenant, le gouvernement Bah Oury ?
La question la plus immédiate reste celle du gouvernement. Le Premier ministre Mamadi Bah Oury, nommé dans le cadre de la transition, est toujours en fonction. La Constitution de 2025 ne prévoit pas explicitement sa démission automatique au terme de la transition. Mais la logique politique voudrait qu’une nouvelle Assemblée nationale soit accompagnée d’un gouvernement issu du nouveau paysage institutionnel.
Doumbouya dispose d’une latitude totale. Il peut maintenir Bah Oury, le remplacer par un fidèle du GMD, ou opérer un remaniement symbolique. Chaque option envoie un signal différent — à l’opposition, aux partenaires extérieurs, aux investisseurs, et à la population guinéenne qui attend des résultats concrets sur l’emploi, les infrastructures et le projet Simandou.
La transition formelle est terminée. La gouvernance réelle commence. Et c’est là que les promesses de la « Nouvelle République » seront jugées — non pas sur les bulletins, mais sur le quotidien des Guinéens.
Une Assemblée nationale élue sans opposition peut-elle exercer un contrôle démocratique réel sur l’exécutif — ou la Guinée vient-elle d’installer un parlement décoratif ?
Xolomo Tokpa

