En Guinée-Bissau, le référendum du 30 août 2026 ne porte pas seulement sur un texte. Il peut redessiner le centre du pouvoir dans un pays déjà fragile.
Un vote constitutionnel à haut risque
Les électeurs sont appelés à se prononcer sur une nouvelle Constitution. Le texte renforcerait les pouvoirs du président et modifierait les règles du jeu politique.
Cette consultation arrive dans un moment sensible. Le pays est dirigé par des militaires depuis le coup de l’année précédente, et des élections sont prévues en décembre.
Le calendrier pose donc une question centrale. Faut-il réformer les institutions avant le retour aux urnes, ou attendre une légitimité électorale plus solide ?
Le président au centre du système
Le projet constitutionnel donnerait davantage de poids à la présidence. Il redéfinirait aussi les relations entre l’exécutif, le Parlement et le gouvernement.
Dans un pays marqué par l’instabilité, certains défendront cette option au nom de l’efficacité. Un pouvoir fort pourrait éviter les blocages permanents.
Mais l’argument inverse est tout aussi sérieux. Un président plus puissant peut stabiliser l’État, mais il peut aussi réduire les contre-pouvoirs.
Une transition militaire sous observation
Le référendum sera observé au-delà de Bissau. Les partenaires régionaux et internationaux regarderont la participation, la transparence et la capacité de l’opposition à s’exprimer.
La Guinée-Bissau connaît une longue histoire de crises politiques, de coups de force et de rivalités institutionnelles. Chaque réforme est donc lue à travers cette mémoire.
Le pouvoir devra convaincre que le texte ne sert pas seulement ceux qui contrôlent actuellement l’appareil d’État.
Stabiliser ou verrouiller ?
La vraie question est là. Une Constitution peut ouvrir une nouvelle étape démocratique. Elle peut aussi organiser une concentration durable du pouvoir.
Tout dépendra des garanties. Les citoyens doivent savoir comment la nouvelle Constitution protégera le Parlement, la justice, les partis politiques, les médias et les élections.
Sans contre-pouvoirs clairs, on risque de percevoir le référendum comme une consolidation du pouvoir plus que comme une refondation institutionnelle
Décembre en ligne de mire
Les élections prévues en décembre donnent un poids supplémentaire au scrutin du 30 août. Le texte constitutionnel pourrait changer les règles avant la compétition électorale.
Dans ce contexte, la confiance est décisive. Une réforme acceptée peut clarifier l’avenir. Une réforme contestée peut déplacer la crise vers la rue et les tribunaux.
La Guinée-Bissau a besoin d’institutions fortes. Mais elle a surtout besoin d’institutions acceptées par les citoyens.
Conclusion
Le référendum du 30 août sera plus qu’un vote juridique. Il dira si la transition veut partager le pouvoir ou le concentrer.
La Guinée-Bissau peut-elle bâtir une stabilité durable sans réduire l’espace démocratique ?
Xolomo Tokpa


