Sonko écarté ou plus puissant ? Le duel avec Faye

Viré du gouvernement le vendredi 22 mai 2026. Élu président de l’Assemblée nationale le mardi 26 mai, soit quatre jours plus tard. En une semaine, Ousmane Sonko a transformé une éviction politique en victoire institutionnelle spectaculaire. Dans ce contexte, la dynamique autour de Sonko Faye Sénégal retient toute l’attention. Le président Bassirou Diomaye Faye se retrouve désormais face à son ancien mentor, devenu deuxième personnalité de l’État. Alors, Sonko est-il vraiment affaibli… ou plus puissant que jamais ?

Ce qui s’est passé en une semaine décisive

L’enchaînement des faits est saisissant. Le 22 mai 2026, par le décret n°2026-1128, Bassirou Diomaye Faye met fin aux fonctions d’Ousmane Sonko. Le gouvernement est intégralement dissous dans la foulée. Le ministre secrétaire général de la Présidence, Oumar Samba Ba, lit le décret en direct à la télévision nationale.

Le tandem qui avait structuré l’alternance de mars 2024 vole en éclats. Les deux hommes, anciens compagnons de route au PASTEF, ne masquaient plus leurs désaccords depuis plusieurs mois. Début mai, le président avait critiqué publiquement « la personnalisation excessive » de son Premier ministre. Le décret du 22 mai officialise une rupture annoncée.

La contre-offensive de Sonko est fulgurante. En 48 heures, l’appareil du PASTEF active une mécanique parlementaire redoutable. El Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale et proche de Sonko, démissionne du perchoir le 24 mai. Ismaïla Wone, suppléant de Sonko, abandonne son siège pour permettre le retour du leader du parti.

Le 26 mai 2026, Ousmane Sonko est élu président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 133 votants. L’opposition, contestant la légalité de sa réintégration, a boycotté le scrutin. Sonko succède à El Malick Ndiaye et devient le 14ᵉ président de l’institution parlementaire sénégalaise. Il s’impose comme la deuxième personnalité de l’État.

Le vrai enjeu : guerre froide au sommet du PASTEF

La rupture entre les deux hommes plonge ses racines dans les mois qui ont suivi l’alternance. Élu président en mars 2024 avec 54 % des voix au premier tour, Bassirou Diomaye Faye nomme Sonko Premier ministre dès le 3 avril 2024. Les deux hommes incarnent alors une dualité unique : le président discret formé dans l’administration et le tribun populaire empêché de se présenter.

Les divergences apparaissent progressivement sur plusieurs fronts. La gestion économique cristallise les tensions les plus visibles. Le Sénégal traverse une crise financière majeure et négocie un nouveau programme avec le FMI. Le contrôle de l’agenda législatif et la formation du gouvernement opposent également les deux hommes. La personnalisation du pouvoir cristallise un débat de fond.

Les ambitions présidentielles de Sonko constituent l’autre point névralgique. En décembre 2025, il a publiquement déclaré sa candidature pour 2029. Cette annonce, faite alors que Faye dispose constitutionnellement du droit à un second mandat, a marqué un tournant. Fin avril 2026, une réforme du code électoral votée par le Parlement a explicitement ouvert la voie à cette candidature.

L’élection du 26 mai révèle un fait désormais incontestable. L’appareil du PASTEF reste massivement fidèle à son fondateur. Les 132 voix sur 133 démontrent la discipline d’un parti qui demeure structuré autour de Sonko. Selon plusieurs observateurs, « le deuxième tour, c’est maintenant ». Le duel pour le leadership du parti est ouvert.

Trois scénarios pour la suite

Le premier scénario est celui de la cohabitation apaisée. Dans son premier discours, Sonko a promis de « préserver l’équilibre institutionnel ». Il a évoqué une « responsabilité et fermeté » sans logique de confrontation personnelle. Le président Faye a, de son côté, nommé Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo comme nouveau Premier ministre. Cette voie nécessiterait toutefois un compromis durable sur les questions de fond.

Le deuxième scénario est celui de la cohabitation tendue. Le PASTEF dispose de 130 sièges sur 165 à l’Assemblée. Sonko peut bloquer ou retarder toute initiative législative présidentielle. La phrase prononcée par le nouveau président de l’Assemblée résume parfaitement la situation : « on ne fera pas du PASTEF sans PASTEF ». Cette configuration créerait un blocage chronique des réformes.

Le troisième scénario est celui de la rupture totale. Une motion de censure contre le gouvernement Lo, à laquelle 130 députés PASTEF pourraient s’associer, n’est pas exclue. Faye pourrait alors envisager une dissolution de l’Assemblée. Cette hypothèse nucléaire fragiliserait durablement le pays. Elle ouvrirait la voie à une crise institutionnelle inédite depuis l’indépendance du Sénégal.

Impact sur l’Afrique de l’Ouest et la stabilité régionale

Le Sénégal a longtemps incarné la stabilité démocratique ouest-africaine. Aucun coup d’État depuis l’indépendance, une alternance pacifique en 2000, une nouvelle en 2024. Cette image de vitrine démocratique se fissure aujourd’hui sous l’effet de la crise au sommet. La région, déjà ébranlée par les putschs au Mali, au Burkina Faso, au Niger et plus récemment en Guinée-Bissau, observe avec inquiétude.

La CEDEAO est particulièrement attentive à l’évolution sénégalaise. L’organisation a perdu trois États membres avec la sortie de l’AES en janvier 2025. Une instabilité prolongée au Sénégal affaiblirait davantage son leadership moral et politique. Dakar accueille par ailleurs plusieurs institutions régionales sensibles, dont la BCEAO et le siège de l’UEMOA.

Les investisseurs internationaux scrutent également la situation. Le Sénégal compte sur les revenus du pétrole et du gaz pour transformer son économie. La perception de stabilité institutionnelle conditionne directement les flux de capitaux. Une cohabitation conflictuelle pourrait fragiliser des projets stratégiques, notamment les négociations en cours avec le FMI.

Conclusion : un test décisif pour la démocratie sénégalaise

La séquence de mai 2026 restera dans l’histoire politique sénégalaise. Elle révèle plusieurs vérités structurelles. Le PASTEF reste un parti structuré autour d’un homme, Ousmane Sonko, malgré l’alternance de 2024. L’institution présidentielle peut s’affirmer face à son Premier ministre, mais à un coût politique élevé. La cohabitation au sein d’une même majorité est une situation inédite.

La question centrale demeure ouverte. Sonko est-il affaibli par son éviction du gouvernement ? Ou plus puissant par son élévation au perchoir d’une Assemblée acquise à sa cause ? La réponse dépendra des prochains mois. Du choix de la confrontation ou du compromis. De la capacité du Sénégal à transformer cette crise en maturation démocratique, plutôt qu’en blocage institutionnel durable.

Au-delà du Sénégal, c’est tout un modèle qui se joue. Celui d’une démocratie africaine capable de gérer ses rivalités internes par le débat et les urnes, sans rupture violente. Le duel Sonko-Faye pourrait devenir une leçon d’apprentissage démocratique. Ou le début d’une longue paralysie. Les prochaines semaines seront décisives.

Xolomo Tokpa

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