L’épidémie d’Ebola qui sévit dans la province d’Ituri en RDC a franchi un nouveau seuil critique. L’Organisation mondiale de la santé a déclaré ce 17 mai 2026 l’épidémie « urgence de santé publique de portée internationale ». Le bilan provisoire fait état de 80 décès suspects et 246 cas suspects selon les chiffres officiels.
L’OMS sonne l’alarme maximale
C’est le deuxième niveau d’alerte le plus élevé prévu par le Règlement sanitaire international. L’OMS a déclaré ce dimanche matin que l’épidémie constituait une « urgence de santé publique de portée internationale ». Ce statut mobilise automatiquement la communauté internationale pour une coordination renforcée.
L’organisation s’est toutefois abstenue de décréter une urgence pandémique, le niveau d’alerte absolu instauré en 2024. Mais elle a prévenu que l’ampleur réelle de l’épidémie restait floue. « Il existe de grandes incertitudes quant au nombre réel de personnes infectées et à la propagation géographique », a-t-elle indiqué.
Les indicateurs disponibles « laissent tous présager une épidémie potentiellement bien plus importante que celle qui est actuellement détectée et signalée », a-t-elle ajouté. Cette mise en garde suggère que les chiffres officiels sous-estiment la situation réelle. Cette incertitude renforce le caractère préoccupant de cette crise sanitaire majeure.
Une souche sans vaccin au taux de mortalité alarmant
Ce qui rend cette épidémie particulièrement redoutable, c’est la nature de la souche identifiée. La souche Bundibugyo en cause ne dispose d’aucun vaccin ni traitement spécifique homologué. Le ministre de la Santé de la RDC, Samuel-Roger Kamba, a été particulièrement catégorique sur ce point.
« Il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique contre la souche de Bundibugyo », a déclaré le ministre. « Cette souche présente un taux de létalité très élevé, pouvant atteindre 50 % », a-t-il ajouté. Ces caractéristiques justifient la mobilisation internationale exceptionnelle décidée par l’OMS.
Pour comparaison, la souche Zaïre identifiée en 1976 dispose désormais d’un vaccin homologué. Son taux de mortalité reste pourtant plus élevé, compris entre 60 et 90 %. La souche Bundibugyo, identifiée pour la première fois en 2007, est moins mortelle mais ne dispose d’aucun arsenal médical.
Le « patient zéro » identifié
Les autorités sanitaires ont pu retracer l’origine de l’épidémie selon les premières enquêtes. Selon le ministre Kamba, le « patient zéro » serait une infirmière qui s’est présentée le 24 avril 2026. Elle s’était rendue dans un établissement de santé de Bunia, capitale de la province d’Ituri.
Cette professionnelle de santé présentait des symptômes évocateurs d’Ebola lors de sa consultation. Fièvre, hémorragies et vomissements caractérisaient son état de santé au moment de la prise en charge. L’identification de ce cas index est cruciale pour comprendre les dynamiques de propagation de l’épidémie.
Sur le terrain : des décès sans prise en charge
Les témoignages recueillis dans la province d’Ituri dressent un tableau particulièrement dramatique. Isaac Nyakulinda, représentant de la société civile locale, a décrit à l’AFP une situation hors de contrôle. Son témoignage révèle l’ampleur des défis sanitaires sur le terrain congolais.
« Nous assistons à des décès depuis deux semaines », a-t-il déploré devant les journalistes de l’AFP. « Il n’y a nulle part où isoler les malades. Ils meurent chez eux et ce sont leurs proches qui s’occupent de leurs dépouilles », a-t-il ajouté. Cette situation amplifie considérablement les risques de propagation du virus.
Ce dernier point est particulièrement crucial sur le plan épidémiologique. Le virus Ebola se transmet par contact direct avec les fluides corporels ou le sang d’une personne infectée. La manipulation des dépouilles sans protection constitue l’un des vecteurs les plus redoutables de propagation.
Médecins Sans Frontières prépare une intervention massive
L’organisation humanitaire Médecins Sans Frontières a réagi face à cette situation préoccupante. MSF a qualifié la propagation de l’épidémie d’« extrêmement préoccupante » dans un communiqué. L’ONG annonce la préparation d’une « intervention à grande échelle » dans la région.
Trish Newport, responsable du programme d’urgence de l’ONG, s’est exprimée sur la situation. « Le nombre de cas et de décès que nous constatons en si peu de temps est extrêmement préoccupant », a-t-elle déclaré. La propagation dans plusieurs zones sanitaires et au-delà de la frontière aggrave les inquiétudes.
Une propagation déjà transfrontalière
L’épidémie ne s’est pas arrêtée à la frontière congolaise comme l’espéraient initialement les autorités. Un ressortissant congolais est décédé en Ouganda après avoir été hospitalisé à Kampala. Deux cas confirmés ont également été signalés dans la capitale ougandaise, dont un mortel.
Les autorités ougandaises précisent ne pas avoir encore confirmé de transmission locale du virus. La frontière reste toutefois poreuse avec des mouvements de population particulièrement constants. La zone d’Ituri est précisément connue pour ses flux transfrontaliers intenses, notamment miniers.
Un cas a également été confirmé à Goma, grande ville de l’est de la RDC. Cette ville est actuellement contrôlée par le groupe armé antigouvernemental M23, ce qui complique la riposte. La situation sécuritaire dans cette région ajoute une dimension supplémentaire au défi sanitaire.
La 17e épidémie d’Ebola en RDC
Cette flambée constitue la 17e épidémie d’Ebola à toucher la RDC depuis sa première détection en 1976. La précédente épidémie était survenue en août 2025 dans la région centrale du pays. Elle avait fait au moins 34 morts avant d’être déclarée éradiquée en décembre 2025.
La plus meurtrière reste celle de 2018-2020 qui avait causé près de 2 300 victimes. Au total, le virus Ebola a causé la mort d’environ 15 000 personnes en Afrique en cinquante ans. Les épidémies passées ont entraîné des taux de mortalité compris entre 25 % et 90 % selon l’OMS.
Un défi logistique colossal
La logistique sanitaire représente un défi colossal dans le contexte congolais actuel. La RDC est un pays de plus de 100 millions d’habitants et quatre fois plus grand que la France. Les infrastructures de transport restent largement insuffisantes pour couvrir l’ensemble du territoire.
L’acheminement du matériel médical et des équipements de protection relève d’un véritable exploit opérationnel. Les zones reculées d’Ituri sont particulièrement difficiles d’accès pour les équipes spécialisées. Cette contrainte logistique conditionne directement l’efficacité de la riposte sanitaire.
Avec 80 décès en quelques semaines, une souche sans vaccin et une frontière déjà franchie, l’épidémie est entrée dans une phase critique. L’urgence sanitaire internationale décrétée par l’OMS constitue un véritable cri d’alarme. Sans mobilisation massive et immédiate, le pire reste à venir pour la région.
Facinet Soumah

