CRIEF : l’ancien gouverneur de la BCRG et 2 hauts fonctionnaires à la barre dans le procès Mohamed Diané.

La Chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a entendu jeudi 21 mai 2026 trois témoins de premier plan dans l’affaire opposant l’État guinéen à l’ancien ministre Mohamed Diané : Lounceny Nabé, ex-gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée, Kabiné Doumbouya, directeur du conservateur foncier, et Faya Clément Tolno, directeur national des domaines et du cadastre. Les débats ont porté sur la gestion du budget de souveraineté de la présidence sous Alpha Condé et sur les biens fonciers attribués au prévenu. L’affaire est renvoyée au 11 juin 2026.

Un ancien gouverneur de banque centrale, deux hauts fonctionnaires du foncier, et une liste de biens dont personne ne veut confirmer à qui ils appartiennent vraiment.

Lounceny Nabé ouvre le bal

C’est l’ancien gouverneur de la BCRG qui a pris la parole en premier. Lounceny Nabé a confirmé devant la Cour que Mohamed Diané a effectivement géré les comptes de la présidence de la République à différents niveaux. « D’abord en tant que ministre directeur de cabinet à la présidence. Ensuite en tant que ministre chargé des affaires présidentielles », a-t-il précisé.

Mais lorsque le procureur spécial a voulu faire confirmer ce témoignage directement par le prévenu, la réponse de Mohamed Diané a été lapidaire : « Tout ce qui concerne le budget de souveraineté, je ne parle pas. » Un refus net qui n’a pas échappé à la Cour.

Le foncier au coeur des débats

Le directeur du conservateur foncier, Kabiné Doumbouya, a ensuite expliqué la méthode utilisée pour produire les documents transmis à la CRIEF. Plusieurs parcelles ont été citées dans ces documents : la parcelle 616 établie au nom de Ballou Fatoumata Diané, fille du prévenu, à Nongo ex-Raffinerie ; la parcelle 11 à Kipé, au nom d’Ahmed Sékou Diané ; et la parcelle 804 à Nongo, au nom de Sékou Kaké.

Interrogé sur l’appartenance réelle de ces biens à Mohamed Diané, le témoin a botté en touche. « On a reçu ces adresses cadastrales. Et c’est ce qu’on a ressorti. Le conservateur ne peut pas savoir si tel est prête-nom ou pas. Si ce n’est pas établi dans le titre foncier que ce n’est pas au nom de Dr Mohamed Diané », a-t-il déclaré.

Concernant des immeubles situés à Dubréka, le témoin a d’abord semblé confirmer qu’ils appartiennent au prévenu avant de se rétracter aussitôt : « Je ne saurais le dire. » Cette volte-face a provoqué une réaction vive d’un des substituts du procureur spécial, qui a fait observer à la Cour que certains témoins « font entrave à la justice », menaçant d’engager des poursuites. Kabiné Doumbouya a répliqué fermement : « J’ai prêté serment. Je n’ai aucun intérêt à faire entrave à la justice. »

Il a également tenu à préciser qu’il n’a subi aucune pression extérieure. « Je jure sur la tête de mes enfants, Dr Mohamed ne m’a jamais contacté pour immatriculer un immeuble. »

Le cadastre reconnaît des imprécisions

Troisième témoin à la barre, Faya Clément Tolno, directeur national des domaines et du cadastre, a affirmé avoir coopéré pleinement depuis le début de l’affaire. « Depuis le début, l’Agent judiciaire de l’État nous avait saisi dans le but de lui envoyer. Tout a été donné. Le cadastre, rien n’est caché », a-t-il déclaré.

Mais il a également reconnu que la liste des biens attribués à Mohamed Diané n’était pas totalement exacte. Sur la question des prête-noms, sa réponse a été claire : « Ce n’est pas pour lui. C’est pour les noms qui sont là-bas. » Il a toutefois admis certaines difficultés dans la constitution de cette liste : « Partout il y avait des doutes, on a mis. Partout où les gens disaient c’est pour Dr Diané, c’est pour Dr Diané.»

La Cour ordonne de nouveaux actes d’instruction

La présidente Daye Mara a réitéré des instructions déjà données lors de la précédente audience : les services de documents sécurisés de Guinée (DSD) doivent fournir la liste de l’ensemble des véhicules enregistrés au nom de Mohamed Diané, tandis que le conservateur foncier de Conakry doit communiquer la liste complète des biens immobiliers du prévenu, de son épouse et de ses enfants.

La Cour a également ordonné la comparution de deux nouvelles personnes pour la prochaine audience : Mahawa Diané, fille du prévenu, et Mohamed Lamine Traoré, ancien directeur administratif et financier de la présidence de la République. D’autres témoins sont attendus à la barre.

L’affaire a été renvoyée au 11 juin 2026

Ce procès avance lentement mais sûrement, au fil de témoignages qui, entre réponses précises et esquives calculées, dessinent peu à peu les contours d’un patrimoine dont l’origine et la propriété réelle restent au coeur du litige. Le 11 juin, la parole sera donnée aux témoins directs les plus proches du prévenu.

Facinet Soumah

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