L’épidémie d’Ebola qui sévit dans la province d’Ituri, en RDC, a franchi un nouveau seuil critique. Dimanche 17 mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré l’épidémie « urgence de santé publique de portée internationale ». Le bilan provisoire s’élève à 88 morts et 336 cas suspects. La souche en cause, Bundibugyo, ne dispose d’aucun vaccin, avec un taux de létalité pouvant atteindre 50 %.
88 morts. Aucun vaccin. Une frontière déjà franchie. L’OMS a choisi ses mots avec soin, et ils sont lourds de sens.
L’OMS sonne l’alarme maximale
C’est le deuxième niveau d’alerte le plus élevé prévu par le Règlement sanitaire international qui vient d’être activé. L’OMS a déclaré ce dimanche matin que l’épidémie provoquée par la souche Bundibugyo du virus Ebola constituait une « urgence de santé publique de portée internationale », un statut qui mobilise automatiquement la communauté internationale et déclenche une coordination renforcée entre États et organisations humanitaires.
L’organisation s’est toutefois abstenue de décréter une urgence pandémique, le niveau d’alerte absolu, instauré en 2024. Mais elle a prévenu que l’ampleur réelle de l’épidémie restait floue : « Il existe de grandes incertitudes quant au nombre réel de personnes infectées et à la propagation géographique », a-t-elle indiqué, avant d’ajouter que les indicateurs disponibles « laissent tous présager une épidémie potentiellement bien plus importante que celle qui est actuellement détectée et signalée ».
Une souche sans vaccin, un taux de mortalité alarmant
Ce qui rend cette épidémie particulièrement redoutable, c’est la nature de la souche identifiée. Le ministre de la Santé de la RDC, Samuel-Roger Kamba, a été catégorique : « Il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique contre la souche de Bundibugyo. Cette souche présente un taux de létalité très élevé, pouvant atteindre 50 %. », rapporte africanews.com.
Pour comparaison, la souche Zaïre, la variante la plus connue, identifiée en 1976, dispose, elle, d’un vaccin, même si son taux de mortalité est encore plus élevé, compris entre 60 et 90 %. La souche Bundibugyo, identifiée pour la première fois en 2007, est moins mortelle mais dispose d’un armement médical quasi inexistant face à elle.
Le « patient zéro » a été identifié : selon le ministre Kamba, il s’agirait d’une infirmière qui s’est présentée le 24 avril dans un établissement de santé de Bunia, capitale de la province d’Ituri, en présentant des symptômes évocateurs d’Ebola, fièvre, hémorragies, vomissements.
Sur le terrain : des morts sans prise en charge
Selon notre source, les témoignages recueillis qui remontent de la province d’Ituri dressent un tableau dramatique. Isaac Nyakulinda, représentant de la société civile locale, a décrit à l’AFP une situation hors de contrôle : « Nous assistons à des décès depuis deux semaines. Il n’y a nulle part où isoler les malades. Ils meurent chez eux et ce sont leurs proches qui s’occupent de leurs dépouilles. »
Ce dernier point est crucial : le virus Ebola se transmet par contact direct avec les fluides corporels ou le sang d’une personne infectée. La manipulation des dépouilles sans protection est l’un des vecteurs les plus redoutables de propagation de la maladie, et constitue un facteur d’amplification majeur dans les zones où les centres d’isolement font défaut.
Médecins Sans Frontières a qualifié la propagation de l’épidémie d’« extrêmement préoccupante » et annoncé la préparation d’une « intervention à grande échelle », mobilisant du personnel médical et de soutien dans la région. « Le nombre de cas et de décès que nous constatons en si peu de temps, associé à la propagation dans plusieurs zones sanitaires et désormais au-delà de la frontière, est extrêmement préoccupant », a déclaré Trish Newport, responsable du programme d’urgence de l’ONG cité par notre source.
Une propagation déjà transfrontalière
L’épidémie ne s’est pas arrêtée à la frontière congolaise. Un ressortissant congolais est décédé en Ouganda, pays voisin, après avoir été hospitalisé à Kampala. Un cas « importé » selon les autorités ougandaises, qui précisent ne pas avoir encore confirmé de transmission locale. Mais la frontière est poreuse, les mouvements de population constants, et la zone d’Ituri est précisément connue pour ses flux transfrontaliers intenses, liés notamment à l’exploitation minière de la région riche en or.
La logistique sanitaire représente un défi colossal dans ce contexte. La RDC est un pays de plus de 100 millions d’habitants, quatre fois plus grand que la France, mais aux infrastructures de transport insuffisantes. Acheminer du matériel médical, des équipements de protection et des équipes spécialisées dans les zones reculées d’Ituri relève de l’exploit opérationnel.
La 17e épidémie d’Ebola en RDC, et la plus complexe depuis des années
Cette flambée est la 17e à toucher la RDC depuis que le virus y a été détecté pour la première fois. La précédente, survenue en août 2025 dans la région centrale, avait fait au moins 34 morts avant d’être déclarée éradiquée en décembre. La plus meurtrière reste celle de 2018-2020, avec près de 2 300 victimes.
Au total, le virus Ebola a causé la mort d’environ 15 000 personnes en Afrique au cours des cinquante dernières années. Selon l’OMS, les épidémies passées ont entraîné des taux de mortalité compris entre 25 % et 90 % chez les personnes touchées, une fourchette qui illustre à quel point la rapidité de la prise en charge est déterminante.
Avec 88 morts en quelques semaines, une souche sans vaccin, une frontière déjà franchie et des zones d’isolement inexistantes sur le terrain, l’épidémie d’Ebola en RDC est entrée dans une phase critique. L’urgence sanitaire internationale décrétée par l’OMS est moins une formalité administrative qu’un cri d’alarme : sans mobilisation massive et immédiate, le pire reste à venir.
Facinet Soumah

