Justice : un notaire poursuivi pour plus de 6 milliards GNF au TPI de Kaloum

L’affaire opposant le notaire Maître Fana Bangoura à l’homme d’affaires Elhadj Mohamed Lamine Soumah connaît un nouveau rebondissement. L’audience s’est tenue ce lundi au Tribunal de première instance (TPI) de Kaloum dans la capitale. Le dossier porte sur un montant de plus de 6 milliards de francs guinéens.

Une plainte pour abus de confiance et chèques sans provision

Le feuilleton judiciaire a été ouvert depuis le 13 février 2026 devant la juridiction de Kaloum. La procédure fait suite à une plainte déposée contre le notaire pour des faits graves. Les charges retenues concernent un « abus de confiance et émission de chèques sans provision ».

Le plaignant Mohamed Lamine Soumah affirme avoir confié d’importantes sommes au notaire mis en cause. Ces fonds devaient permettre l’acquisition d’un bien immobilier dans la commune de Kaloum. L’opération immobilière n’aurait toutefois jamais abouti selon les éléments présentés à l’audience.

Le notaire Maître Fana Bangoura rejette en bloc l’ensemble des accusations portées contre lui. Il qualifie ces allégations de « sans fondement » dans sa stratégie de défense devant le tribunal. Cette ligne de défense est défendue avec fermeté par son conseil au fil des audiences.

Le récit de la partie civile

Maître Lansana Condé, avocat de la partie civile, s’est exprimé au sortir de l’audience. « J’ai le cœur très serré de parler de cette affaire à la presse », a-t-il déclaré aux journalistes. Il a justifié cette prise de parole par l’intervention préalable de l’avocat du notaire.

L’avocat a présenté son client Elhadj Mohamed Lamine Soumah comme un citoyen honnête. Cet homme d’affaires entretenait de bonnes relations avec Maître Fana Bangoura selon le conseil. Le plaignant considérait même le notaire « comme un frère » avant le déclenchement du conflit.

C’est dans ce cadre fraternel que l’homme d’affaires avait sollicité le notaire pour l’aider. L’objectif était l’acquisition d’un bien immobilier dans la commune stratégique de Kaloum. Un premier dépôt de 3 500 dollars avait été effectué selon l’avocat de la partie civile.

Une transaction immobilière qui aurait dérapé

Le plaignant comptait augmenter cette somme « crescendo » pour finaliser l’opération immobilière. Les biens immobiliers à Kaloum s’acquièrent en effet au-delà de 5 milliards GNF selon l’avocat. Cette logique financière explique le caractère progressif des versements effectués au notaire.

Mais au fil du temps, l’homme d’affaires aurait compris que la situation ne tournait pas en sa faveur. Le notaire ne serait pas dans la logique de lui permettre d’acquérir le bien convoité. Cette prise de conscience aurait été le déclic pour engager la procédure judiciaire actuelle.

« Mon frère, les hommes sont liés par les intérêts », aurait alors déclaré le plaignant. « Aujourd’hui, je constate que mes intérêts sont menacés et que les fonds déposés ne servent pas mes affaires ». Cette confrontation aurait précédé la saisine officielle de la justice par l’homme d’affaires.

Des chèques sans provision dénoncés

Le montant total en jeu aurait atteint des sommets selon l’avocat de la partie civile. « Au préalable, le montant total avoisinait les 10 milliards GNF », a précisé Maître Lansana Condé. Cette précision donne une idée de l’ampleur réelle du contentieux opposant les deux parties.

L’avocat affirme que le prévenu aurait émis plusieurs chèques sans provision après avoir appris la saisine. Ces chèques visaient officiellement à honorer son engagement et faciliter le recouvrement des fonds. Les originaux de ces documents auraient été montrés en pleine salle d’audience selon l’avocat.

Depuis l’ouverture du procès le 13 février, le notaire ne comparaîtrait pas selon l’avocat. Cette absence répétée a conduit le tribunal à prendre des mesures coercitives importantes. Un mandat avait été décerné contre le prévenu avec une saisie de ses comptes bancaires.

Un engagement de reconnaissance de dette signé

Face à cette pression judiciaire, le notaire aurait modifié son attitude selon l’avocat. Il aurait alors émis de derniers chèques provisionnés d’une valeur de plus de 400 millions GNF. Le plaignant aurait pu toucher cette somme contrairement aux précédentes émissions infructueuses.

Le notaire serait également entré en contact direct avec son adversaire pour un arrangement amiable. Cette démarche aurait conduit à la signature d’un engagement écrit de reconnaissance de dette. Le document porterait sur un montant de plus de 6 milliards GNF selon Maître Lansana Condé.

« Nous détenons cet engagement », a affirmé l’avocat de la partie civile devant la presse. Selon lui, la stratégie de la défense vise désormais à détruire ces acquis judiciaires. Cette stratégie serait juridiquement impossible face à un notaire avec plus de 10 ans d’expérience.

La défense du notaire conteste fermement

À l’inverse, Maître Facinet Soumah, avocat du prévenu, a réfuté avec fermeté ces accusations. « On l’accuse d’abus de confiance et d’émission de chèques sans provision », a-t-il rappelé. « Ces accusations sont fallacieuses et ne reposent sur aucun acte matériel », a-t-il martelé.

L’avocat de la défense présente une tout autre version des relations entre les deux parties. Maître Fana Bangoura aurait travaillé pour la famille d’Elhadj Mohamed Lamine Soumah par le passé. Il aurait notamment géré la succession familiale puis traité un second dossier pour son épouse.

Toutes ces procédures sont aujourd’hui closes selon l’avocat du notaire mis en cause. Cette précision historique vise à recontextualiser les relations entre les deux protagonistes du dossier. La proximité professionnelle de longue date expliquerait certaines pratiques aujourd’hui contestées.

Une explication sur les chèques contestés

L’avocat du notaire avance une explication particulière concernant les chèques au cœur du litige. Maître Fana Bangoura aurait fait preuve de largesse envers Elhadj Soumah à plusieurs reprises. Il lui aurait remis des chèques de garantie dont il n’attendait pas la date d’échéance.

Lorsque le notaire revenait vers son interlocuteur, les montants étaient réglés différemment. Le paiement intervenait parfois en liquidités, ou par de nouveaux chèques si la dette avait diminué. Cette pratique informelle traduit la confiance qui régnait entre les deux hommes.

Le notaire, agissant de bonne foi, n’aurait jamais réclamé la restitution des chèques annulés. « Mon client a commis l’erreur de lui laisser ces documents », a reconnu l’avocat de la défense. Ces anciens chèques constitueraient désormais la base des accusations portées contre le notaire.

Des allégations sans preuves selon la défense

Selon Maître Facinet Soumah, le plaignant exploiterait aujourd’hui ces anciens chèques contre son client. Il chercherait à faire croire que Maître Fana aurait émis des chèques sans provision. « Alors qu’il n’en est rien », a fermement contesté l’avocat de la défense devant la presse.

Le plaignant n’aurait aucune preuve pour soutenir ses allégations selon l’avocat du notaire. Plus grave, l’homme d’affaires aurait même extorqué un engagement de payer sous menace. Cette pression aurait été exercée sous la menace d’un mandat d’arrêt selon la défense.

Cette accusation d’extorsion par menace de mandat renverse complètement la perspective du dossier. La défense présente ainsi son client comme la véritable victime dans cette affaire. Cette stratégie inversée vise à fragiliser la position de la partie civile devant les magistrats.

Renvoi au 8 juin 2026

Au terme de cette journée d’audience particulièrement riche en arguments contradictoires, le tribunal a tranché. L’affaire a été renvoyée au 8 juin 2026 pour la suite des débats. Cette nouvelle audience permettra d’approfondir l’examen des éléments présentés par les deux parties.

Les semaines à venir devraient permettre l’instruction de nouvelles pièces dans ce dossier complexe. La parole des deux protagonistes principaux reste particulièrement attendue par les observateurs. Ce dossier illustre les défis liés aux relations d’affaires informelles dans le secteur immobilier guinéen.

Facinet Soumah

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