CRIEF : Kassory Fofana auditionné à la clinique Pasteur, sa défense dénonce une « détention politique »

L’atmosphère était inhabituelle ce lundi 11 mai 2026 à la Clinique Pasteur de Conakry. La chambre des appels de la CRIEF s’est exceptionnellement déplacée au chevet d’un ancien Premier ministre. Dr Ibrahima Kassory Fofana a été auditionné sur son lit d’hôpital dans une procédure très médiatisée.

Une délégation judiciaire au chevet du prévenu

La chambre des appels de la CRIEF était conduite par le magistrat Daye Mara pour cette audition. Le procureur spécial Alphonse Charles Wright accompagnait cette délégation judiciaire exceptionnelle. Les magistrats se sont déplacés à Kaloum pour poursuivre l’interrogatoire de l’ancien chef du gouvernement.

L’ancien Premier ministre est poursuivi pour des faits particulièrement graves devant la juridiction. Les charges concernent des présumés détournements de deniers publics et enrichissement illicite. Le blanchiment de capitaux complète la liste des chefs d’accusation retenus contre lui.

Cette audition à l’hôpital marque une première dans cette procédure hautement médiatisée. Elle intervient après plusieurs reports liés à l’état de santé préoccupant du prévenu. Cette démarche inédite témoigne de la complexité particulière de ce dossier judiciaire.

Un interrogatoire interrompu par un incident de procédure

Allongé sur son lit d’hôpital, l’ancien chef du gouvernement a commencé à répondre aux questions. Les magistrats ont pu engager les premiers échanges avec le prévenu malgré son état physique. Cette participation aux débats témoigne de la volonté de Kassory Fofana de s’expliquer devant la justice.

Les échanges ont toutefois été brusquement interrompus en raison d’un incident de procédure. La défense a soulevé une objection majeure concernant le déroulement de l’audition. Cette interruption a relancé les tensions autour de cette procédure déjà complexe.

La controverse autour d’un procès-verbal

Me Amadou Baben Camara s’est exprimé devant la presse sur cet incident procédural. L’avocat a expliqué que les débats ont achoppé autour d’une nouvelle pièce versée au dossier. Cette pièce a immédiatement suscité l’opposition de la défense.

« Le parquet a évoqué un procès-verbal provenant d’une unité de police », a expliqué l’avocat. La défense ne disposait pas de cette pièce essentielle au moment de l’audience. Kassory Fofana affirme par ailleurs n’avoir jamais participé à cet interrogatoire policier.

Me Camara a toutefois apporté une précision importante sur l’état du prévenu. L’ancien Premier ministre était en mesure de répondre aux premières questions posées par les magistrats. Cette capacité de réponse persistait malgré son état physique jugé préoccupant.

Une décision saluée par la défense

Me Sidiki Bérété a pour sa part salué la décision de tenir l’audience à l’hôpital. Cette démarche démontre selon lui que son client n’a jamais volontairement refusé de comparaître. L’avocat a profité de cette occasion pour répondre à certaines critiques publiques.

« Beaucoup pensaient qu’il cherchait à échapper à la justice », a déclaré l’avocat. La tenue de l’audience à l’hôpital prouve désormais le contraire selon Me Bérété. L’état de santé du prévenu ne lui permettait effectivement pas de se déplacer au tribunal.

Cette clarification publique vise à rétablir l’image de l’ancien Premier ministre. Les accusations de manœuvres dilatoires sont ainsi écartées par la défense. La présence des magistrats au chevet du prévenu valide cette stratégie communicationnelle.

Une procédure qui s’éternise selon les avocats

Me Bérété a surtout dénoncé la longueur excessive de la procédure judiciaire. Le procès en appel dépasse largement les délais prévus par la loi guinéenne. Cette durée constitue désormais un argument fort dans la stratégie de défense.

« La procédure devait être bouclée depuis plusieurs mois », a regretté l’avocat. Le dossier traîne effectivement depuis plus d’un an selon Me Bérété. Cette lenteur judiciaire pose la question du respect des droits procéduraux du prévenu.

Cette critique de la durée s’accompagne d’un appel à l’accélération du traitement du dossier. La défense estime que la prolongation actuelle nuit à son client. Cette argumentation s’inscrit dans une stratégie globale visant à obtenir une issue favorable.

Une demande d’évacuation sanitaire réitérée

La défense continue de réclamer une évacuation sanitaire urgente de l’ancien Premier ministre. Les avocats estiment que les infrastructures médicales guinéennes sont insuffisantes pour son état. Cette demande répétée témoigne de l’inquiétude grandissante autour de la santé du prévenu.

« On ne peut pas juger un homme dans cet état sans lui donner la possibilité de se soigner », a lancé Me Bérété. L’avocat a déploré le manque de prise au sérieux de la gravité de la maladie. « Tant qu’on n’est pas dans le coma, certains refusent de croire à la gravité de la maladie », a-t-il souligné.

Me Bérété a conclu son intervention par une formule particulièrement frappante. « Pour bouffer de la bonne viande, il faut traiter l’animal », a-t-il déclaré. Cette image forte vise à souligner l’urgence d’une prise en charge médicale appropriée.

Une « détention politique » selon les avocats

Les avocats de Kassory Fofana persistent à dénoncer ce qu’ils qualifient de dossier « politique ». Cette caractérisation politique du procès constitue un pilier de leur stratégie de défense. Elle vise à remettre en cause la légitimité même des poursuites engagées.

Les accusations portant sur les 15 milliards de francs guinéens sont particulièrement contestées. La défense estime que ces accusations sont largement discutables sur le plan factuel. Elle affirme qu’une grande partie des fonds incriminés serait toujours logée dans les caisses du Trésor public.

Cette argumentation comptable vise à démontrer l’absence de détournement effectif. La défense entend ainsi démanteler l’un des piliers du dossier de l’accusation. La traçabilité des fonds publics constitue désormais un enjeu central des débats à venir.

Un dossier symbolique des poursuites contre l’ancien régime

En attendant la reprise des débats, cette audition délocalisée relance plusieurs interrogations. L’état de santé de l’ancien Premier ministre demeure une préoccupation majeure du procès. L’évolution de ce dossier suscite également des questionnements sur la justice transitionnelle.

Ce dossier est devenu l’un des symboles majeurs des poursuites engagées en Guinée. Il vise spécifiquement les anciens hauts dignitaires du régime déchu d’Alpha Condé. Son traitement constitue un test important pour la juridiction spécialisée et l’État guinéen.

Facinet Soumah

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