À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau 2026, le ministre de l’Hydraulique de la République de Guinée a prononcé un discours marquant devant les partenaires techniques et financiers, les représentants du secteur privé et les compatriotes guinéens. De plus, son message est sans détour : l’eau est une urgence nationale qui ne peut plus attendre.
Eau et égalité : le thème central de cette édition 2026
Cette année, la communauté internationale place au cœur de la réflexion mondiale le principe d’égalité dans l’accès à l’eau. Le ministre a fait sien ce thème en rappelant que l’accès à l’eau n’est pas seulement une question d’infrastructure.
C’est une question de justice, de dignité et d’égalité. En Guinée, ce sont les femmes et les filles qui supportent au quotidien le poids le plus lourd de la pénurie d’eau. Elles se lèvent à l’aube, parcourent des kilomètres et sacrifient leur temps. Parfois, elles sacrifient leur scolarité, pour garantir l’eau à leurs familles.
Une réalité préoccupante malgré les ressources du pays
La Guinée est souvent qualifiée de château d’eau de l’Afrique de l’Ouest. Pourtant, dans les villes, les quartiers et les villages, des millions de citoyens continuent de chercher, d’attendre et d’espérer l’eau.
Le pays compte plus de 2,5 millions de ménages, dans un contexte de croissance démographique rapide et d’urbanisation accélérée. Toutefois, malgré les efforts engagés et les investissements consentis, l’accès à l’eau potable reste encore en deçà des attentes légitimes des populations.
Le spectre du stress hydrique dans vingt ans
Le ministre a alerté sur les conséquences d’une inaction prolongée. Si les trajectoires actuelles ne changent pas, plusieurs localités guinéennes pourraient connaître un stress hydrique sévère dans une vingtaine d’années.
Cette menace est aggravée par le changement climatique : irrégularité des pluies, diminution des ressources disponibles, dégradation des écosystèmes. Mais le ministre a affirmé avec fermeté que ce scénario ne se produira pas. Il invoque les décisions prises ces cinq dernières années et les projets déjà engagés.
Des projets structurants déjà en cours
Parmi les chantiers lancés, le ministre a cité le projet d’alimentation en eau potable du Grand Conakry, attendu depuis quinze ans, ainsi que le programme des sept capitales régionales. De plus, des réseaux d’adduction d’eau ont été renforcés. Les infrastructures ont été multipliées en zones rurales et les capacités de production améliorées.
Grâce à l’appui de la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC), les villes de Fria, Koubia et Beyla verront très prochainement le démarrage effectif de leurs infrastructures hydrauliques. Par ailleurs, dans le cadre du programme Simandou 2040, l’eau est identifiée comme une priorité stratégique nationale.
À l’occasion de cette Journée mondiale de l’eau, le ministre a également annoncé que 20 localités, qui n’avaient jamais bénéficié d’infrastructures hydrauliques, seront désormais desservies en eau potable.
Un besoin d’investissement estimé à 2,4 milliards d’euros
Le défi n’est pas seulement technique. Il est profondément économique. Le besoin global d’investissement dans le secteur de l’eau en Guinée est estimé à près de 2,4 milliards d’euros.
Le ministre a pointé un paradoxe : les investissements internationaux dans le secteur reculent en raison d’une perception de faible retour sur investissement. Il a réfuté cette vision en posant une question de fond : le véritable retour sur investissement de l’eau, est-ce un taux financier, ou est-ce la santé d’un peuple, la stabilité d’un pays, la dignité d’une nation ?
Un appel urgent aux investisseurs privés
Face à l’ampleur des besoins, le ministre a lancé un appel direct aux banques primaires, aux institutions financières nationales et aux investisseurs privés pour s’engager dans le secteur de l’eau.
Un Fonds Hydraulique sera mis en place pour lancer des appels à projets, organiser des levées de fonds, mobiliser la diaspora guinéenne, engager les fondations et attirer les opérateurs privés. Ainsi, le message est clair : l’État seul ne peut pas financer le secteur de l’eau. Cependant, cette réalité est une stratégie d’ouverture, non un aveu de faiblesse.
Le coût de l’inaction : des chiffres qui parlent
Le ministre a illustré l’urgence d’agir par des données concrètes. Un projet hydraulique qui coûtait 50 millions de dollars en 2016 dépasse aujourd’hui les 300 millions de dollars. Chaque année d’inaction multiplie les coûts et réduit les capacités d’action du pays.
Il a également alerté sur deux fléaux silencieux : le gaspillage lié aux conduites percées dans les rues, et la prolifération incontrôlée des forages, qui menace les nappes phréatiques.
Une responsabilité partagée entre l’État, le privé et les citoyens
En conclusion, le ministre a rappelé que l’eau est une responsabilité collective. Elle engage l’État, les collectivités, le secteur privé et chaque citoyen guinéen.
Il a appelé à changer le rapport collectif à l’eau, les comportements et la manière d’investir. Enfin, son message final se veut porteur d’espoir : si la Guinée agit maintenant, demain ne sera pas une crise, mais une réussite collective.
Facinet Soumah

