ZIMBABWE — Pour la première fois, les responsables des grands musées d’art moderne et contemporain se réuniront en Afrique. Harare accueillera la 58e conférence annuelle du CIMAM, du 20 au 22 novembre 2026. La National Gallery of Zimbabwe organisera cette rencontre historique.
Le CIMAM constitue le principal réseau mondial de directeurs et conservateurs de musées d’art moderne. Son histoire dépasse six décennies. Pourtant, aucune de ses conférences annuelles n’avait encore été organisée sur le continent africain.
Le choix de Harare modifie donc la géographie habituelle des débats. Les professionnels africains se déplaçaient souvent vers l’Europe, l’Amérique ou l’Asie. Cette fois, leurs homologues internationaux devront venir observer les institutions, les artistes et les réalités du continent.
Plus qu’un simple changement de lieu
La conférence portera sur le thème « Musées au-delà des limites : imaginer la réparation entre cultures, écologies et savoirs ». Cette orientation relie les collections artistiques aux débats sur la restitution, la mémoire coloniale et les responsabilités institutionnelles.
Pendant longtemps, les grands musées occidentaux ont présenté l’Afrique comme un objet d’étude. Ses œuvres étaient conservées, interprétées et classées loin de leurs sociétés d’origine. La rencontre de Harare veut inverser cette perspective en produisant la réflexion depuis l’Afrique.
La réparation ne concerne pas seulement le retour matériel des objets. Elle implique aussi la reconnaissance des connaissances, des artistes et des institutions longtemps marginalisés. Elle peut prendre la forme de restitutions, de prêts, de recherches communes ou de financements plus équilibrés.
Une direction africaine au cœur du programme
Elvira Dyangani Ose préside le comité chargé du contenu de la conférence. Raphael Chikukwa, directeur exécutif de la National Gallery of Zimbabwe, participe également à sa conception. Cette présence garantit que les priorités africaines ne seront pas ajoutées après coup.
Les participants visiteront aussi des institutions, des galeries et des sites patrimoniaux de Harare. La ville deviendra ainsi une partie du programme. Les discussions ne resteront pas enfermées dans une salle de conférence isolée des réalités locales.
Le Zimbabwe possède une tradition artistique reconnue, notamment dans la sculpture de pierre. Toutefois, ses institutions travaillent avec des moyens bien inférieurs à ceux des grands musées occidentaux. Accueillir le CIMAM offre une visibilité rare, mais révèle également ces écarts de ressources.
Un secteur africain encore sous-financé
Depuis plusieurs années, l’art contemporain africain gagne en visibilité dans les foires et les ventes internationales. Les artistes sont davantage exposés à Londres, Paris, New York ou Venise. Cette reconnaissance ne se traduit pas toujours par un renforcement équivalent des musées situés sur le continent.
Une œuvre africaine peut atteindre un prix élevé à l’étranger, tandis que son pays d’origine manque de moyens pour l’acquérir. Ce déséquilibre prive parfois les publics locaux d’un accès direct à leur propre création contemporaine.
La conférence permettra donc d’interroger les financements, la conservation et la formation des professionnels. Elle devra aussi discuter des partenariats qui ne reproduisent pas les anciennes relations de dépendance.
Harare face à une occasion historique
L’événement peut renforcer le tourisme culturel et la réputation artistique du Zimbabwe. Il peut aussi créer des collaborations durables pour la National Gallery. Le résultat dépendra cependant des projets conclus après le départ des délégations.
Le simple fait d’organiser la rencontre en Afrique représente un symbole puissant. Mais un symbole ne suffit pas. Les institutions africaines attendent davantage de pouvoir dans la définition des expositions, des recherches et des politiques de collection.
Harare accueillera donc un débat qui dépasse le monde des musées. Il concerne la place de l’Afrique dans la production du savoir mondial. Après plus de soixante ans d’attente, le continent ne sera plus seulement évoqué. Il deviendra, pendant trois jours, le lieu depuis lequel l’avenir des musées sera discuté.
Xolomo Tokpa


