Le récent transfert du commandant Aboubacar Diakité (Toumba) de la Maison centrale de Conakry vers la Prison civile de Coyah, dans la préfecture de Coyah, suscite une vive controverse en Guinée.
Au-delà d’un simple changement de lieu de détention, cette décision soulève à la fois de sérieuses questions juridiques. De plus, elle pose de lourdes implications politiques.
Depuis le 14 mars 2017, Toumba Diakité purge une peine de prison pour son rôle dans les événements tragiques du 28 septembre 2009. En juillet 2024, le tribunal de Dixinn le condamne à dix ans de prison, une décision immédiatement frappée d’appel. En droit guinéen, cela signifie que la condamnation n’est pas définitive. Ainsi, sa situation reste donc sous contrôle judiciaire.
Or, selon son collectif d’avocats, le transfert vers Coyah n’a été précédé d’aucune décision de justice formelle. Pire encore, l’auteur de l’ordre d’extraction n’aurait pas été clairement identifié, même après des démarches auprès du parquet. Cette opacité nourrit les accusations de mesure « arbitraire » et contraire au Code de procédure pénale.
En termes simples, la loi prévoit que tout incident lié à l’exécution d’une peine doit être tranché par une juridiction compétente. L’administration pénitentiaire ne peut donc pas, en principe, décider seule d’un transfèrement lorsqu’il affecte les droits du détenu, son accès à ses avocats ou ses conditions de défense. Cependant, pour les avocats de Toumba, c’est précisément ce qui s’est produit ici.
Mais cette affaire dépasse le strict cadre juridique.
Le dossier du massacre du 28 septembre reste l’un des plus sensibles de l’histoire récente guinéenne. Il implique d’anciens responsables militaires de haut rang et fait l’objet d’une attention constante des organisations de défense des droits humains. Par ailleurs, Toumba Diakité en est l’une des figures centrales.
Son éloignement de Conakry, cœur judiciaire et médiatique du pays, est perçu par plusieurs observateurs comme une reprise en main sécuritaire du dossier. Dans les systèmes politiques fragiles, ce type de transfert est souvent interprété comme un message implicite. En conséquence, l’administration conserve un pouvoir fort sur les conditions de détention des figures sensibles.
Politiquement, le risque est double.
D’une part, cela affaiblit la séparation entre justice et pouvoir administratif, donnant l’impression que l’exécutif peut influer sur l’exécution des peines sans contrôle judiciaire réel. D’autre part, cela crée un précédent dangereux. De surcroît, si un détenu aussi médiatisé peut être transféré sans base légale claire, d’autres profils sensibles pourraient subir le même sort demain.
Sur le plan international, l’enjeu est également important. Le procès du 28 septembre avait été salué comme une avancée historique contre l’impunité en Guinée. Cependant, des pratiques jugées arbitraires dans l’exécution des peines risquent aujourd’hui d’entacher cette crédibilité et de raviver les critiques sur l’indépendance de la justice guinéenne.
En définitive, le transfert de Toumba Diakité n’est pas une simple mesure logistique. Il pose une question centrale : qui contrôle réellement l’exécution des décisions de justice en Guinée ?
Entre exigences sécuritaires, respect des droits fondamentaux et image de l’État de droit, cette affaire pourrait devenir un test majeur pour les institutions guinéennes dans les mois à venir.
Xolomo Tokpa

