Sénégal : le soutien à Macky Sall fracture la mémoire

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Au Sénégal, le soutien présidentiel à Macky Sall pour diriger l’ONU provoque une vive contestation. Des collectifs de victimes exigent le respect de la mémoire nationale. Ils refusent que les violences politiques de 2021 à 2024 passent au second plan.

Le différend dépasse désormais la seule candidature de Macky Sall. Il touche à la manière dont un État défend ses intérêts sans effacer sa mémoire récente. Le 24 septembre 2026, Bassirou Diomaye Faye a renouvelé son appui à son prédécesseur devant l’Assemblée générale des Nations unies.

Cette position a déclenché la réaction de trois organisations. Il s’agit du Collectif des familles des martyrs, de l’Initiative Zéro Impunité et du Collectif des victimes de Macky Sall. Dans un communiqué conjoint, elles réclament vérité, justice et réparation.

Un choix diplomatique devenu une affaire intérieure

Pour la présidence, la candidature de Macky Sall constitue d’abord une candidature sénégalaise au service de l’Afrique. Bassirou Diomaye Faye avait déjà officialisé son soutien en juillet. Il présente l’ancien président comme un responsable expérimenté, capable de défendre la réforme du multilatéralisme.

Cette logique correspond aux usages de la diplomatie d’État. Un pays soutient souvent son ressortissant, malgré les rivalités politiques nationales. Toutefois, le cas sénégalais reste particulier. Le pouvoir élu en 2024 avait précisément promis une rupture avec les pratiques de l’ancien régime.

Les collectifs voient donc une contradiction entre cette promesse et le soutien affiché à New York. Ils demandent surtout que ce parrainage n’influence aucune procédure judiciaire. Macky Sall n’a pas été condamné pour les violences dénoncées. Les responsabilités individuelles doivent être établies par la justice.

Entre 40 et 65 morts selon les périodes étudiées

Les bilans disponibles montrent l’ampleur du traumatisme. Human Rights Watch avait recensé au moins 40 morts depuis mars 2021. Amnesty International évoque 65 manifestants et passants tués entre mars 2021 et février 2024.

Les différences tiennent notamment aux périodes et aux méthodes de comptage. Amnesty mentionne également plus de 1 000 blessés. Reuters avait rapporté entre 1 200 et 1 600 arrestations sur la même séquence politique.

En 2024, une loi d’amnistie a couvert les faits liés aux manifestations entre février 2021 et février 2024. En avril 2025, le Conseil constitutionnel a toutefois rappelé que l’amnistie ne pouvait protéger les crimes graves. Cette décision a rouvert une perspective judiciaire pour certaines familles.

Un soutien coûteux pour un résultat encore faible

La controverse intervient aussi au mauvais moment pour la candidature sénégalaise. Lors du troisième vote indicatif, le 18 septembre, Macky Sall a obtenu cinq avis favorables. Neuf membres du Conseil de sécurité l’ont découragé et un s’est abstenu.

Ces consultations restent secrètes, informelles et non contraignantes. Elles servent néanmoins à mesurer la capacité d’un candidat à éviter un veto. Pour être recommandé, il faut neuf voix et aucune opposition d’un membre permanent.

Le recul de Macky Sall rend le choix de Diomaye Faye plus difficile à défendre politiquement. Le gouvernement assume un coût intérieur, sans garantie de succès international. Les collectifs peuvent alors demander ce que le Sénégal gagne réellement dans cette campagne.

Réconcilier l’État et les victimes

Le débat ne devrait pas opposer mécaniquement patriotisme diplomatique et quête de justice. Dakar peut soutenir un candidat national tout en garantissant l’indépendance des enquêtes. Cette séparation doit cependant être démontrée par des actes publics.

Des calendriers judiciaires transparents constitueraient un premier signal. L’accès des familles aux dossiers en serait un autre. Sans progrès mesurable, chaque apparition de Macky Sall sur la scène internationale ravivera le sentiment d’impunité.

Bassirou Diomaye Faye cherche à préserver l’influence du Sénégal à l’ONU. Les victimes lui rappellent qu’une diplomatie crédible commence aussi par la justice nationale. Entre ces deux impératifs, le silence ne peut plus servir de compromis.

Xolomo Tokpa

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