La série de podcasts « Cinéastes d’Afrique » remet en circulation les voix des pionniers du septième art africain. Lancée en octobre 2025, elle associe RFI et la Cinémathèque Afrique. Cette initiative s’inscrit pleinement dans une démarche de cinéma africain mémoire, un livre attendu le 17 septembre 2026 prolonge aujourd’hui cette réflexion mémorielle.
Le podcast ne constitue pas un lancement du 13 septembre 2026. Sa bande-annonce remonte à mai 2025 et ses premiers épisodes à octobre 2025. Cette précision n’enlève rien à son intérêt actuel. La série demeure disponible et continue d’offrir un accès sonore à des œuvres rarement diffusées.
Chaque épisode réunit archives, extraits restaurés, témoignages et analyses. Une personnalité culturelle accompagne l’auditeur dans cette exploration.
Deux épisodes qu’il ne faut pas confondre
Le premier épisode est consacré à Tabataba, film réalisé en 1988 par Raymond Rajaonarivelo. L’œuvre évoque l’insurrection malgache de 1947. Le récit est porté par le comédien malgache Gad Bensalem. Raymond Rajaonarivelo et l’autrice Marie Ranjanoro participent notamment à l’épisode.
Gaël Kamilindi intervient dans une autre production. Il raconte l’épisode consacré à La Vie est belle, sorti en 1987. Ce film de Mweze Ngangura et Benoît Lamy met en scène Papa Wemba. Il suit un jeune musicien venu chercher sa chance à Kinshasa.
Mweze Ngangura et le cinéaste David-Pierre Fila y racontent l’impact populaire du film. Leur témoignage relie musique, fiction et transformations sociales.
Une collection de 1 700 films
La Cinémathèque Afrique a été créée en 1961. Elle conserve aujourd’hui environ 1 700 titres provenant de 45 pays. Parmi eux, 650 disposent de droits de diffusion non commerciale négociés par l’Institut français. L’institution accompagne près de 6 000 projections publiques annuelles.
Ces chiffres montrent l’écart entre conservation et visibilité. Une œuvre sauvegardée ne rencontre pas automatiquement son public d’origine. Autrefois, ces films dépendaient principalement des salles, festivals et télévisions. Le podcast ajoute désormais un accès gratuit, mobile et international.
Le son ne remplace évidemment pas l’image. Il peut toutefois transmettre le contexte historique et encourager la découverte des films restaurés.
Des films liés aux mémoires politiques africaines
Les œuvres choisies racontent davantage que l’histoire du cinéma. Elles documentent les indépendances, les dictatures, les migrations et les résistances quotidiennes. Tabataba affronte une révolte longtemps marginalisée dans les récits officiels. La Vie est belle restitue l’énergie du Kinshasa des années 1980.
D’autres épisodes abordent Djibril Diop Mambéty, Sarah Maldoror et Cheik Doukouré. Chaque parcours révèle une manière africaine de filmer le monde. Ce travail peut aussi toucher une génération née après ces œuvres. Les formats numériques rapprochent ces héritages des usages culturels contemporains.
Le débat sur la propriété des images demeure
Le livre Réparer le visible doit paraître le 17 septembre 2026. Clémentine Dramani Issifou y retrace l’histoire critique de la Cinémathèque Afrique. Le fonds est issu du Bureau du cinéma de la Coopération française, créé en 1961. Il a soutenu des cinéastes tout en prolongeant certains rapports postcoloniaux.
La question dépasse donc la restauration technique. Qui conserve les copies, décide des accès et raconte l’histoire de cette collection ?
Le podcast ouvre une porte importante, mais la souveraineté culturelle reste centrale. Préserver ces films doit aussi permettre aux publics africains de les voir. La mémoire cinématographique ne peut vivre uniquement dans des archives éloignées. Elle doit circuler, être étudiée et redevenir accessible sur le continent.
Xolomo Tokpa


